LXIV. LA COUR DU LION
Sa majesté lionne un jour voulut connaître De quelles nations le ciel l'avait fait maître.
Il manda donc par députés
Ses vassaux de toute nature, 5 Envoyant de tous les côtés
Une circulaire écriture
Avec son sceau. L'écrit portait
Qu'un mois durant le roi tiendrait
Cour plénière, dont l'ouverture 10 Devait être un fort grand festin.
Suivi des tours de Fagotin.
Par ce trait de magnificence Le prince à ses sujets étalait sa puissance.
En son louvre il les invita, 15 Quel louvre! un vrai charnier, dont l'odeur se porta D'abord au nez des gens. L'ours boucha sa narine: Il se fût bien passé de faire cette mine. Sa grimace déplut: le monarque irrité L'euvova chez Pluton faire le dégoûté.
Fables de Lafontaine. 61
20 Le singe approuva fort cette sëve'rité; Et, flatteur excessif, il loua la colère Et la griflfe du prince, et l'antre, et cette odeur:
Il n'était ambre, il n'était fleur Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie 25 Eut un mavais succès, et fut encore punie: Ce monseigneur du lion-là Fut parent de Caligula.
Le renard étant proche: Or çà, lui dit le sire, Que sens-tu, dis-le-moi: parle sans déguiser. 30 L'autre aussitôt de s'excuser,
Alléguant un grand rhume: il ne pouvait que dire Sans odorat. Bref, il s'en tire.
Ceci vous sert d'enseignement:
Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire, 35 Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère,
Et tâchez quelquefois de répondre en Normand.