‹ Fables choisies, mises en vers T. 3Chapitre 11 sur 98 · LE HÉRON · texte numérisé non relu

LE HÉRON

Un jour für fes longs pieds alloit je ne fçais où, Le Héron au long bec emmanché d'un long cou.

Il cotoyoit une riviere.

L'onde étant tranfparente, ainfi qu’aux plus beaux jours, Ma commere la carpè y faifoit mille tours Avec le brochet fon compere.

Le Héron en eût fait aifément fon profit; Tous approchoient du bord, l’oifeau n’avoit qu'à prendre: Mais il crut mieux faire d'attendre Qu'il eût un peu plus Sante Il vivoit de régime; & mangeoit à {es heures. Après quelques momens l'appétit vint : l’oifeau S’approchant du bord, vit fur l’eau Des tanches qui fortoient du fond de ces demeures. Le mets ne lui plut pas, ils ’attendoit à mieux, Et montroit un goût dédaigneux Comme le rat du bon Horace.

Moi des tanches? dit-il, moi Héron que je fafle Une fi pauvre chére? & pour qui me prend-on À La tanche rebutée, il trouva du goujon.

Du goujon! c’eft bien là le dîner d’un Héron! J'ouvrirois pour fi peu le bec! aux Dieux ne plaife, Il l'ouvrit pour bien moins: tout alla de façon | Qu'il ne vit plus aucun poiflon.

La faim le prit: il fut tout heureux & tout aife De rencontrer un limaçon,

Ne foyons pas fi difficiles :

Les plus accommodans, ce font les plus habiles. On hazarde de perdre en voulant trop gagner.

12 FABLES CHOÏSTES.

Gardez-vous de rien dédaigner,

Sur-tout quand vous avez à peu près votre compte.

Bien des gens y font pris: ce n’eft pas aux Hérons

Que je parle: écoutez, Humains, un autre conte.

Vous verrez que chez vous j'ai puifé ces leçons.

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