LIVRE NEUVIEME
ÉABLE X.
Er LOUP ET LE CHIEN -MAIGRE..-
Autrefois carpillon fretin, Eut beau prêcher, il eut beau dire, On le mit dans la .poefle à frire.
Je fis voir que lâcher ce qu’on a dans la main, Sous efpoir de groffe aventure, Eft imprudence toute pure.
Le pêcheur eut raifon ; carpillon n'eut pas tort: Chacun dit ce qu'il peut pour défendre fa vie. Maintenant il faut que j appuie Ce que javançai lors, de quelque trait encor.
Certain Loup auffi fot que le Pécheur fut fage, Trouvant un Chien hors du village,
S'en alloit l'emporter: le Chien repréfenta |
Sa maigreur. Jà ne plaife à votre feigneurie De me prendre en cet état-là:
Attendez, mon maître marie Sa fille unique, & vous jugez
Qu'étant de nôce il faut, malgré mot, que j'engraifle. Le Loup le croit, le Loup le laifle. | Le Loup, quelques jours écoulés,
Revient voir fi fon Chien n’eft point meilleur à prendre. Mais le drôle étoit au logis.
11 dit au Loup par un treillis:
Ami, je vais fortir; & fi tu veux attendre Le portier du logis & moi , Nous ferons tout à l’heure à toi.
Ce portier du logis étoit un Chien énorme, Expédiant les Loups en forme.
128 ER LES, CHONSEES
Celui-ci s'en douta. Serviteur au portier, Dit-il, & de courir. Il étoit fort agile,
Mais il n'étoit pas fort habile :
Ce Loup ne fçavoit pas encor bien fon métier.
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