‹ Fables choisies, mises en vers T. 3Chapitre 95 sur 98 · LE SINGE ET LE CHAT · texte numérisé non relu

LE SINGE ET LE CHAT

Bertrand avec Raton, l'un Singe, & l’autre Chat, Commenfaux d’un logis, avoient un commun maître. D’animaux malfaifans c’étoit un très-bon plat:

Is n'y craignoient tous deux aucun, quel qu'il pût être. Trouvoit-on quelque chofe au logis de gâté,

L'on ne s’en prenoit point aux gens du voifinage. Bertrand déroboit tout: Raton, de fon côté, ,

Étoit moins attentif aux ouris qu'au fromage.

Un jour, au coin du feu, nos deux maîtres fripons Regardoiïent rôtir des marrons: .

Les efcroquer étoit une très-bonne affaire :

Nos galans y voyoient double profit à faire,

Leur bien premiérement, & puis le mal d'autrui.

Bertrand dit à Raton: frere, il faut aujourd’hui Que tu fafles un coup de maître.

Tire-moi ces marrons: fi Dieu m’avoit fait naître Propre à tirer marrons du feu, Certes, marrons verroient beau jeu.

Aufi-tôt fait que dit: Raton avec fa patte,

D'une maniere délicate,

Écarte un peu la cendre, & retire les doigts ; Puis les reporte à plufieurs fois :

Tire un marron, puis deux, & puis trois en efcroque; Êt cependant Bertrand les croque.

Une fervante vient : adieu mes gens. Raton N'étoit pas content, ce dit-on.

Auf ne le font pas la plûpart de ces princes Qui, flattés d’un pareil emploi, Vont s’échauder en des provinces,

Pour le profit de quelque roi. | (Fable czxX2V1

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