‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 10 sur 120 · FABLE I I · texte numérisé non relu

FABLE I I

l'Hone ET TA COULEUVRE.

| Un Homme vit une Couleuvre:

Ah! méchante, dit-il, je m'en vais faire une œuvre Agréable à tout l'univers.

A ces mots, l'animal pervers ( C'eft Le Serpent que je veux dire, Et non l'Homme, on pourroit aifément sy tromper ) À ces mots, le Serpent fe laïffant attraper, Eft pris, mis en un fac, & ce qui fut le pire, On réfolut fa mort, fût-il coupable ou non.

Afin de le payer toutefois de raifon, L'autre lui fit cette harangue.

Symbole des ingrats, être bon aux méchans, C'eft être fot; meurs donc: ta colere & tes dents Ne me nuiront jamais. Le Serpent, en fa langue, Reprit du mieux qu'il put: s'il falloit condamner Tous les ingrats qui font au monde, À qui pourroit-on pardonner?

Toi-même, tu te fais ton procès. Je me fonde Sur tes propres leçons: jette les yeux fur toi. Mes jours font en tes mains, tranche-les : ta juftice, C’eft ton utilité, ton plailir, ton caprice:

Selon ces loix condamne-moi:

Mais trouve bon qu'avec franchife En mourant au moins je te dife, Que le fymbole des ingrats Ce neft point le Serpent, c’eft l'Homme. Ces paroles Firent arrêter l’autre : il recula d'un pas.

Enfin il repartit: tes raifons font frivoles : Je pourrois décider, car ce droit m'appartient : Mais rapportons-nous-en. Soit fait, dit le Reptile.

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