‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 25 sur 120 · FABLES: CHONSHES · texte numérisé non relu

FABLES: CHONSHES

Il fe fauve auffi-tôt, & choifit pour afyle Le haut d'un pin. Là, dans le fein des dieux ; Il goûte fa vengeance en lieu für & tranquille : Le Roi lui-même y court, & dit pour l'attirer : Ami, reviens chez moi: que nous fert de pleurer? Haine, vengeance & deuil, laiflons tout à la porte. Je fuis contraint de. déclarer, Encor que ma douleur foit forte, Que le tort vient de nous: mon fils fut l'agreffeur. Mon fils! non: c’eft le fort qui du coup eft l’auteur. . La parque avoit écrit de tout temps en fon livre, Que l’un de nos enfans devoit ceffer de vivre, | L'autre de voir, par ce malheur.

Confolons-nous tous deux, & reviens dans ta cage, Lé Perroquet dit: fire Roi, Crois-tu qu'après un tel outrage Je me doive fier à toi?

Tu m'allegues le fort: prétens-tu par ta foi Me leurrer de l’appât d’un profane langage ?

Mais que la Providence, ou bien que le deftin Régle les affaires du monde, Il eft écrit là-haut qu’au faîte de ce pin, Ou dans quelque forêt profonde, J'acheverai mes jours loin du fatal objet « Qui doit t'être un jufte fujet De haine & de fureur. Je fais que la vengeance Eft un morceau de roi, car vous vivez en. dieux. Tu veux oublier cette offenfe :

Je le crois: cependant, il me faut, pour le mieux, Éviter ta main & tes yeux. ) Sire Roi, mon ami, va-t'en, tu perds ta peine, Ne me parle point de retour:

L'abfence eft aufli-bien un reméde À la haine,

Qu'un appareil contre l'amour.

( Fable cc.)

LPO

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