FABLE XV
LEs LaApPInNs.
Discours 4 M. 1e Duc pr 14 RoCHEFOUCAULTS Je me fuis fouvent dit, voyant de quelle forte L'homme agit, & qu'il fe comporte En mille occafions comme les animaux:
Le roi de ces gens-là n'a pas moins de défauts Que fes fujets;s & la nature À mis dans chaque créature Quelque grain d’une mafle où puifent les efprits; J'entens les efprits corps, & pêtris de matiere. ù Je vais prouver ce que je dis.
À l'heure de l’afût, foit lorfque la lumiere Précipite fes traits dans l’humide féjour, Soit lorfque le foleil rentre dans fa carriere, Et que n'étant plus nuit, il n’eft pas encor jour, Au bord de quelque bois fur un arbre je grimpe; Et, nouveau Jupiter, du haut de cet olympe, Je foudroie à difcrétion Un Lapin qui n’y penloit guére.
Je vois fuir auffi-tôt toute la nation Des Lapins, qui fur la bruyere, . L'œil éveillé, l'oreille au guet, S'égayoient, & de thym parfumoient leur banquet. Le bruit du coup fait que la bande S'en va chercher fa füreté Dans la foûterreine cité :
Mais le danger s’oublie; & cette peur fi grande S'évanouit bientôt. Je revois les Lapins Plus gais qu'auparavant revenir fous mes mains.