‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 32 sur 120 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

ÉRPTe SL

LE MARCHAND; LE GENTILHOMME, LE PÂTRE ET LE FILS DE Rorï.

Quatre chercheurs de nouveaux mondes,

Prefque nuds, échappés à la fureur des ondes,

Un Trafiquant, un Noble, un Pâtre, un Fils de Roi, Réduits au fort de * Belifaire, Demandoient aux paflans de quoi Pouvoir foulager leur mifere.

De raconter quel fort les avoit aflemblés,

Quoique fous divers points tous quatre ils fuflent nés,

‘ C'eft un récit de longue haleine.

Ils s’affirent enfin au bord d’une fontaine.

Là, le confeil fe tint entre les pauvres gens.

Le Prince s’étendit fur le malheur des. -grands.

Le Pâtre fut d'avis, qu'éloignant la penfée De leur aventure pañlée,

Chacun fit de fon mieux, & s’appliquât au foin De pourvoir au commun befoin.

La plainte ajouta-t-il, guérit-elle fon homme?

Travaillons : c’eft de quoi nous mener jufqu’à Rome.

Un Pâtre aïinfi parler! ainf parler? croit-on

Que le ciel n'ait donné qu'aux têtes couronnées De l'efprit & de la raifon;

Et que de tout berger comme de tout mouton,

Les connoiflances foient bornées ?

L'avis de celui-ci fut d’abord trouvé bon.

Par les trois échoués au bord de l’Amérique.

L'un, c'étoit le Marchand, fçavoit l’arithmétique :

À tant par mois, dit-il, j'en donnerai leçon.

* Belifaire 6 étoit un grand capitaine , qui ayant commandé les armées de l’empereur Juflinien, &c perdu les bonnes graces de fon maître, comba dans un tel point de mifere, qu’il demandoit l'aumûne fur les grands chemins.

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