FABLES CH O SES
J'enfeignerai la politique, Reprit le Fils de Roi. Le Noble pourfuivit, Moi, je fçai le blafon, j'en veux tenir école: Comme fi devers l'Inde on eût eu dans l'efprit La fotte vanité de ce jargon frivole.
Le Pâtre dit: amis, vous parlez bien: mais quoi? Le mois a trente jours, jufqu'à cette échéance Jeûnerons-nous par votre foit Vous me donnez une efpérance Belle, mais éloignée; & cependant j'ai faim.
Qui pourvoira de nous au dîner de demain ?
Ou pluftôt fur quelle affürance Fondez-vous, dites-moi, le fouper d'aujourd'hui? Avant tout autre c'eft celui Dont il s'agit: votre fcience Eft courte là-deflus: ma main y fuppléra.
A ces mots, le Pâtre s'en va Dans un bois: il:y fit des fagots, dont la vente, Pendant cette journée & pendant la fuivante, Empêcha qu’un long jeûne à la fin ne fit tant, Qu'ils allaffent là-bas exercer leur talent.
Je conclus de cette aventure, |
Qu'il ne faut pas tant d'art pour conferver fes jours; Et grace aux dons de la nature,
La main eft le plus fûr & le plus prompt fecours.
Fin du dixiéme Livre.
(Fable cciV.)
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