‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 41 sur 120 · FABLE VI · texte numérisé non relu

FABLE VI

LE Loup ET LE RENARD.

Mis d’où vient qu'au Renard Éfope accorde un point ? C’eft d’exceller en tours pleins de matoiferie. : J'en cherche la raifon, & ne la trouve point. Quand le Loup a befoin de défendre fa vie, | Ou d'attaquer celle d’autrui, N’en fçait-il pas autant que lui? Je crois qu’il en fçait plus, & j'oferois peut-être Avec quelque raifon contredire mon maïtre.

Voici pourtant un cas où tout l'honneur échut À l'hôte des terriers. Un foir il apperçut La lune au fond d’un puits : l’orbiculaire image Lui parut un ample fromage.

Deux feaux alternativement Puiloient le liquide élément.

Notre Renard, preflé par une faim canine, S’accommode en celui qu’au haut de la machine L'autre feau tenoit fufpendu.

Voilà l'animal defcendu , Tiré d'erreur, mais fort en peine, Et voyant fa perte prochaine:

Car comment remonter, fi quelque autre affamé, De la même image charmé, Et fuccédant à fa mifere, Par le même chemin ne le tiroit d'affaire ?

Deux jours s'étoient pañlés fans qu'aucun vint au puits: Le temps qui toujours marche, avoit, pendant deux nuits, Échancré, felon l'ordinaire, De l’aftre au front d’argent la face circulaire. Sire Renard étoit défefpéré.

Compere Loup, le gofier altéré, Tome 17. e

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