‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 64 sur 120 · LIVRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEME

Et ce temps-ci n'en produit gueres, ,

Laiffant à part tous ces myfteres, Effayons de conter la fable avec fuccès.

Le Renard dit au Loup: notre cher, pour tous mets J'ai fouvent un vieux coq, ou de maigres poulets: | C’eft une viande qui me laffe. :

Tu fais meilleure chére avec moins de hafard. J'approche des maifons : tu te tiens à l'écart. Apprens-moi ton métier, Camarade, de grace!

Rends-moi le premier de ma race Qui fournifle fon croc de quelque mouton gras, : Tu ne me mettras point au nombre des ingrats. Je le veux, dit le Loup: il m'eft mort un mien frere, Allons prendre fa peau, tu t'en revêtiras. | Il vint, & le Loup dit: voici comme il faut faire, Si tu veux écarter les mâtins du troupeau.

Le Renard ayant mis la peau, Répétoit les leçons que lui donnoit fon maître, D'abord il s’y prit mal, puis un peu mieux, puis bien : Puis enfin il n'y manqua rien. 5 | A peine, il fut inftruit autant qu'il pouvoit l'être, Qu'un troupeau s’approcha. Le nouveau Loup y court, Et répand la terreur dans les lieux d'alentour. Tel vêtu des armes d'Achille, Patrocle mit l'alarme au camp & dans la ville: Meres, brus & vieillards au temple couroient tous. L’oft du peuple bélant crut voir cinquante Loups: Chien, berger & troupeau, tout fuit vérs le village, Et laifle feulement une brebis pour gage.

Le larron s’en faifit. À quelque pas de là Il entendit chanter un coq du voifinage.

Le difciple aufli-tôt droït au coq s’en alla, Jettant bas fa robe de clafle,

Oubliant les brebis, les leçons, le régent,

Et courant d'un pas diligent.

Que fert-il qu'on fe contrefafe !

Prétendre ainfi changer, eft une illufon:

L'on reprend fa premiere trace À la premiere occafon.

De votre efprit, que nul autre n'égale, Prince, ma mufe tient tout entier ce projet.

Vous mavez donné le füjet, Le dialogue & la morale.

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