‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 65 sur 120 · L'ÉCREVISSE ET SA FILLE · texte numérisé non relu

L'ÉCREVISSE ET SA FILLE

Les Sages quelquefois, ainfi que l’Écrevifle, Marchent à reculons, tournent le dos au port. C'eft l'art des matelots: c’eft auffi l’artifice

De ceux qui pour couvrir quelque puiffant effort, Envifagent un point diretement contraire,

Et font, vers ce lieu-[à, courir leur adverfaire. Mon fujet eft petit, cet accefloire ef grand.

Je pourrois l’appliquer à certain Conquérant,

Qui tout feul déconcerte une ligue à cent têtes. Ce qu'il n'entreprend pas, & ce qu'il entreprend, N'eft d'abord qu'un fecret, puis devient des conquêtes. En vain on a Îles yeux fur ce qu'il veut cacher, Ce font arrêts du fort qu’on ne peut empêcher, Le torrent, à la fin, devient infurmontable.

Cent dieux font impuiffans contre un feul Jupiter. Lours & le deftin me femblent, de concert, Entraîner l'univers. Venons à notre fable.

Mere Écreviffe un jour à fa fille difoit:

Comme tu vas, bon dieu! ne peux-tu marcher droit? Et comme vous allez vous-même! dit la Fille- Puis-je autrement marcher que ne fait ma famille ? Veut-on que j'aille droit quand on y va tortu? Elle avoit raifon; la vertu De tout exemple domeftique Eft univerfelle, & s'applique En bien, en mal, en tout ; fait des fages, des fots; Beaucoup plus de ceux-ci. Quant à tourner le dos À on but, jy reviens, la méthode en ef bonne, Sur-tout au métier de Bellone: :

Mais il faut le faire à propos. (Fable cexx1i1.)

p TT TT TONI El LE | Er D D CE EUR

Page 1