‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 75 sur 120 · LA FORÊT ET LE BUCHERON · texte numérisé non relu

LA FORÊT ET LE BUCHERON

Ün Bucheron venoit de rompre ou d'égarer Le bois dont il avoit emmanché fa coignée.

Cette perte ne put fi-tôt fe réparer, Que la Forêt n’en fût quelque temps épargnée. L'Homme enfin la prie humblement De lui laifler tout doucement Emporter une unique branche Afin de faire un autre manche.

Il iroit employer ailleurs fon gagne-pain; Il laifleroit debout maint chêne & maint fapin, Dont chacun refpetoit la vieilleffe & les charmes. L’innocente Forêt lui fournit d’autres armes. Elle en eut du regret. Il emmanche fon fer.

Le Miferable ne s’en fert Quà dépouiller fa bienfaitrice De fes principaux ornemens.

Elle gémit à tous momens.

Son propre don fait fon fupplice.

Voilà le train du monde & de fes fe@ateurs :

On s’y fert du bienfait contre les bienfaiteurs.

Je fuis las d'en parler: mais que de doux ombrages Soient expolés à ces outrages, Qui ne fe plaindroit (à-deflus!

Hélas! j'ai beau crier, & me rendre incommode ; L'ingratitude & les abus

. N’en feront pas moins à la mode.

(Fable cesxIX)

nn

I TE a

Page 1