‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 76 sur 120 · LIVRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEME

FABEE: X VIE”

Le RENARD, LE LoOuUr ET LE CHEVAL.

Un Renard jeune encor, quoique des plus madrés, Vit le premiér Cheval quil eût vû de fa vie.

Il dit à certain Loup, franc novice, accourez; Un animal païît dans nos prés, Beau, grand, j'en ai la vûe encofe toute ravie. Eft-il plus fort que nous? dit le Loup en riant: Fais-moi fon portrait, je te prie.

Si j'étois quelque peintre, ou quelque étudiant, Repartit le Renard, j'avancerois la joie Que vous aurez en le voyant.

Mais venez: que fçait-on? peut-être eft-ce une proie Que la fortune nous envoie.

Ils vont; & le Cheval qu’à l'herbe on avoit mis, Affez peu curieux de femblables amis, Fut prefque fur le point d’enfiler la venelle. Seigneur, dit le Renard, vos humbles ferviteurs Apprendroient volontiers comment on vous appelle. Le Cheval qui n’étoit dépourvû de cervelle, Leur dit: lifez mon nom, vous le pouvez, Meflieurs, Mon Cordonnier l’a mis autour de ma femelle.

Le Renard s’excufa fur fon peu de fçavoir.

Mes parens, reprit-il, ne m'ont point fait inftruire. Ils font pauvres, & n'ont qu'un trou pour tout avoir. Ceux du Loup, gros meflieurs, Pont fait apprendre à lire. Le Loup, par ce difcours flatté, S'approcha; mais fa vanité Lui coûta quatre dents. Le Cheval lui defferre Un coup; & haut le pied. Voilà mon Loup par f66> Mal en point, fanglant & gâté.

Frere, dit le Renard, ceci nous juftifie Tome IF. Ff

Ce que m'ont dit des gens d'efprit:

Cet animal vous a fur la mâchoire écrit, Que de tout inconnu le fage fe méfie.

: (Fable ccxxX:)

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