‹ Fables choisies, mises en vers T. 4Chapitre 77 sur 120 · LE RENARD ET LES POULETS D'INDE · texte numérisé non relu

LE RENARD ET LES POULETS D'INDE

Contre les affauts d’un Renard Un arbre à des Dindons fervoit de citadelle.

Le perfide ayant fait tout le tour du rempart, | Et vûü chacun en fentinelle, S’écria: quoi, ces gens fe moqueront de moi!

Eux feuls feront exemts de la commune loi!

Non, par tous les dieux, non. Il accomplit fon dire, La lune alors luifant, fembloit contre le fire, Vouloir favorifer la dindonniére gente Lui, qui nétoit novice au métier d’affiégeant , Eut recours à fon fac de rufes fcélérates, Feignit vouloir gravir, fe guinda fur fes pattes, Puis contrefit le mort, puis le reffufcité.

Arlequin n'eût exécuté

Tant de différens perfonnages.

IT élevoit fa queue, il la faifoit briller,

Et cent mille autres badinages, Pendant quoi nul Dindon n'eût ofé fommeiller. L'ennemi les lafloit en leur tenant la vûe

Sur même objet toujours tendue.

Les pauvres gens étant à la longue éblouis, Toujours il en tomboit quelqu'un : autant de pris: Autant de mis à part: près de moitié fuccombe, Be Compagnon les porte en fon garde-manger,

Le trop d'attention qu’on a pour le danger, Fait le plus fouvent qu’on y tombe,

( Fable ccxxxl. )

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