LE RENARD ANGLOIS
À M4DAME HARVETY.
Le bon cœur eft chez vous compagnon du bon fens, Avec cent qualités trop longues à déduire, Une nobleffe d'ame, un talent pour conduire Et les affaires & les gens, Une humeur franche & libre, & le don d’être amie, Malgré Jupiter même, & les temps orageux :
Tout cela méritoit un éloge pompeux :
Il en eût été moins, felon votre génie.
La pompe vous déplaît, l'éloge vous ennuie:
J'ai donc fair celui-ci court & fimple. Je veux Y coudre encor un mot ou deux
En faveur de votre patrie:
Vous laimez. Les Anglois penfent profondément, Leur efprit en cela fuit leur tempérament.
Creufant dans les fujets, & forts d'expériences, Ils étendent par-tout l'empire des fciences.
Je ne dis point ceci pour vous faire ma cour. Vos gens, à pénétrer, l’'emportent fur les autres: Même les chiens de leur féjour Ont meilleur nez que n’ont les nôtres.
Vos Renards font plus fins, je m'en vais le prouver Par un d'eux, qui, pour fe fauver, Mit en ufage un ftratagême Non encor pratiqué, des mieux imaginés.
Le fcélérat réduit en un péril extrême, | Et prefque mis à bout par ces Chiens au bon nez, Pafla près d’un patibulaire.
Là, des animaux raviffans,