PREFACE
ARMi les œuvres qui ont contribué à la gloire dUcrivain de Fenelon, il n'en est peut-être pas une qui soit plus curieuse et plus caractéristique que ces simples fables, écrites en vue de corriger les travers et les fautes dun prince né altier et violent, et devenu par V éducation doux et humble, pieux et bon. Dans ces feuillets tracés par Vun des plus illustres person^ nages du règne de Louis XIV se retrouvent, avec toute leur fraîcheur d'expansion , ces sentiments de justice, cette adorable passion d'apôtre de Fénelon pour le bien de l'humanité, cette prescience de tant de progrès inconnus à son temps et cette expérience de prêtre, de penseur, d* économiste, de moraliste et de philosophe mondain, qui eussent fait de l'évêque de Cambrai, grâce à l'influence qu'il conserva jusque dans Vexil sur son royal élève, l'agent indirect des réformes sociales et gouvernementales les plus salu- FabUs de Fénelon. a
Il PREFACE
taires, si la mort du duc de Bourgogne n'était pas venue prématurément entraver des efforts qui se fussent certainement changés en bienfaits.
Jamais cette maxime qui, émise sous Louis XIV, dénotait autant de noble indépendance d'esprit que d'ampleur de vue : « Les rois sont faits pour les peuples, et non les peuples pour les rois )), ne s*est affirmée dans un cadre plus varié, plus large, malgré des proportions restreintes en apparence, que dans ces courtes fables composées selon les nécessités d'une éducation royale. Destiné à incarner dans sa primi^ tive et plus superbe expression l'aristocrate libéral, le précepteur du duc de Bourgogne commence par se montrer un éducateur accompli, un charmeur qui ravit pour mieux convaincre, qui attache pour plus facilement instruire. Grâce exquise, simplicité vraie , tour ingénieux, douceur persuasive qui permet au précepte de s'imposer en s* infiltrant ; enfin ce je ne sais quoi de familier et de magistral, de séduisant et de moralisateur, qui forme l essence même de la nature et du génie de Fénelon, tout cela s'accentue plus que partout ailleurs dans les récits que nous remettons aujourd'hui sous les yeux des lettrés.
Cet homme qui nous apparaît à travers les siècles, rêvant et pensant, pesant le moindre mot tombé de sa plume, tout en s* appliquant à imprimer à chaque phrase l'attrait du naturel, le coloré de son imagination vive, auxiliaire aimable d'un jugement