‹ Fables, composées pour l'éducation du duc de Bourgogne [par] De La Mothe-Fénelon. Avec une préfChapitre 21 sur 31 · LE LOUP ET LE JEUNE MOUTON · texte numérisé non relu

LE LOUP ET LE JEUNE MOUTON

^j) ES moutons étoient en sûreté dans leur iOpaïc; les chiens dormoient, et le ber- ^|«ger, à l'ombre d'un grand ormeau, joûoit de la flûte avec d'autres bergers voisins. Un loup affamé vint par les fentes de l'enceinte reconnoître l'état du troupeau. Un jeune mouton sans expérience, et qui n'avoit jamais rien vu, entra en conversation avec lui. « Que venez-vous chercher ici? dit-il au glouton. — L'herbe tendre et fleurie, lui répondit le loup. Vous sçavez que rien n'est plus doux que de paître dans une verte prairie émaillée de fleurs pour appaiser sa faim, et d'aller éteindre sa soif dans un clair ruisseau. J'ai trouvé ici l'un et l'autre. Que faut-il davantage? J'aime la philosophie qui enseigne à se contenter de peu. — Il est donc vrai, repartit le jeune mouton, que vous ne mangez point la chair des animaux, et qu'un peu d'herbe vous suffit? Si cela est, vivons comme frères, et paissons ensemble. » Aussitôt le mouton

sort du parc dans la prairie, où le sobre philosophe le mit en pièces et l'avala. Défiez-vous des belles paroles des gens qui se vantent d'être vertueux. Jugez par leurs actions, et non par leurs discours.

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