‹ Fables, composées pour l'éducation du duc de Bourgogne [par] De La Mothe-Fénelon. Avec une préfChapitre 29 sur 31 · LES ABE1LLE5 ET LES VERS A SOÏE · texte numérisé non relu

LES ABE1LLE5 ET LES VERS A SOÏE

ï^r)\N jour les abeilles montèrent jusques .t>^ Mdans l'Olympe aux pieds du thrône )|=V^aj Srde Jupiter, pour le prier d'avoir égard ^^!^^:;^^au soin qu'elles avoient pris de son enfance, quand elles le nourrirent de leur miel sur le mont Ida. Jupiter voulut leur accorder les premiers honneurs entre tous les petits animaux. Minerve, qui préside aux arts, lui représenta qu'il y avoit une autre espèce qui disputoit aux abeilles la gloire des inventions utiles. Jupiter voulut en sçavoir le nom. ■ Ce sont les vers à soye », répondit-elle. Aussitôt le premier des dieux ordonna à Mercure de faire venir sur les aîles des doux zéphyrs des députez de ce petit peuple, afin qu'on pût entendre les raisons des deux partis. L'abeiile ambassadrice de sa nation représenta la douceur du miel qui est le nectar des hommes, son utilité, l'artifice avec lequel il est composé ; puis elle vanta la sagesse des loix qui policent la république volante des abeilles. « Nulle autre espèce d'ani-

loS FABLE XXV

maux, disoit l'orateur, n'a cette gloire, et c'est une récompense d'avoir nourri dans un antre le père des Dieux. De plus nous avons en partage la valeur guerrière quand notre roi anime nos troupes dans les combats. Comment est-ce que ces vers, insectes vils et méprisables , oseroient nous disputer le premier rang? Ils ne sçavent que ramper pendant que nous prenons un noble essor et que de nos aîles dorées nous montons jusques vers les astres? » Le harangueur des vers à soye répondit : (( Nous ne sommes que de petits vers, et nous n'avons ni ce grand courage pour la guerre, ni ces sages loix; mais chacun de nous montre les merveilles de la nature, et se consume dans un travail utile. Sans loix nous vivons en paix, et on ne voit jamais de guerres civiles chez nous, pendant que les abeilles s'entretuent à chaque changement de roi. Nous avons la vertu de Prothée pour changer de forme. Tantôt nous sommes de petits vers composez d'onze petits anneaux entrelassez avec la variété des plus vives couleurs qu'on admire dans les fleurs d'un parterre. Ensuite nous filons de quoi vêtir les hommes les plus magnifiques jusques sur le thrône et de quoi orner les temples des Dieux. Cette parure si belle et si durable vaut bien du miel, qui se corrompt bientôt. Enfin nous nous transformons en fève, mais en fève qui sent, qui se meut, et qui montre toujours

de la vie. Après ces prodiges, nous devenons tout à coup des papillons avec l'éclat des plus riches couleurs. C'est alors que nous ne cédons plus aux abeilles pour nous élever d'un vol hardi jusques vers l'Olympe. Jugez maintenant, ô Père des dieux. » Jupiter, embarrassé pour la décision, déclara enfin que les abeilles tiendroient le premier rang à cause de droits qu'elles avoient acquis depuis les anciens tems. « Quel moyen, dit-il, de les dégrader? je leur ai trop d'obligation; mais je crois que les hommes doivent encore plus aux vers à soye. »

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