‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 100 sur 104 · TÉMOIGNAGE DE PROFO.MDE ET AFFECTUEUSE GRATITUDE · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGE DE PROFO.MDE ET AFFECTUEUSE GRATITUDE

Un gentilhomme était, ayant noble moulure, Cheval de haute race et de belle encolure,

Vif, fringant, mais docile et souple à l'avenant. Depuis bientôt deux ans qu'il l'a pour son service , Et qu'en ses alentours il va le promenant , Il met tout son orgueil à le montrer sans vice.

lu jour, et tout d'un coup, et comme par caprice , La hèle se refuse a se laisser monter. Suffisamment doué de vigueur et d'adresse, Ii'écuyer, qui se croit certain de la mater, S'y prend par la douceur; mais plus il la caresse, Et plus elle rechigne et se cabre et se dresse; Elle si bonne et douce, et si sage toujours, La voilà d'une humeur indocile, indomptable; Et du maître étonné, qui demeure intraitable, La lutte qui s'engage a compromis les jours : Lutte semblable à celle où, dans le premier âge. Du naissant univers l'homme étant nommé roi Put plier à son joug, put ranger sous sa loi Les êtres insoumis créés pour son usage.

lue égale vigueur se montre des deux parts : L'un est plus emporté, l'autre plus téméraire; Chaque effort se détruit par un effort contraire. S'obstinanl à bondir el prompt dans ses écarts.

Le Cheval, se ruant où sa fougue L'entraîne, Ne vise qu'à lancer son maître sur l'arène. Le maître a sa crinière est presque cramponne. Et d'aplomb sur la selle, il le presse, il le serre; Il l'a flatté longtemps, longtemps éperonné; Mais il se sent vaincu par son rude adversaire; Et , tout pies qu'il se voit d'être désarçonné , Après de vains efforts, fatigué de combattre, Abandonnant le mors au cheval triomphant. Saute à bas, et, de rage et de honte étouffant, Dit à son serviteur : » Saisis-le pour l'abattre; Pour nul prix je ne veux désormais le garder. Va, cours, et que sa mort me venge sans tarder! »

Une vieille était là, debout, près de la porte. Qui lui dit : a Mais, seigneur, ne précipitez rien. Quoi! parce qu'un cheval et s'anime et s'emporte, Le livrer à la mort! Le singulier moyen De corriger ce vice, encor qu'il serait sien! Ne peut-on s'expliquer l'accès qui le transporte? Serait-ce sans raison qu'il ruait de la sorte? Je le redis, seigneur, qu'on l'examine bien : Qui sait si quelque sangle ou quelque autre lieu Ne fait pas son supplice? Ou dit que je suis folle!

Ah! seigneur, quel reproche, hélas! trop mérité Vous ferait ce cheval si durement traité, S'il avait comme vous le don de la parole! »

Le maître, en l'écoutant, se sent moins irrité. Ces quelques mots sensés sont comme l'étincelle Qui jette dans la nuit sa soudaine clarté. On dessangle la hète : on enlève la selle. Que voit-on sur le dos de ce pauvre animal? L'écume qui jaillit et le sang qui ruisselle; Sa souffrance est comprise : on a sondé le mal ; Le ravage apparaît : deux pointes acérées, Pénétrant dans les chairs, les avaient déchirées. Que de regrets alors! Le Cheval soulagé Semble reconnaissant du bien qu'on lui procure. Son mal est moins cuisant. Son état est changé ; Calme , il sait supporter ce qu'exige la cure ; Et, dans un court délai, complètement guéri, Notre noble animal, notre coursier chéri, Satisfait de son lot, savourant son bien-être, Redevient doux et bon, soumis comme devant, Et, dès lors, se retrouve, à l'égard de son maître, Tel qu'il était auparavant.

POKSIES. 3ir,

Sous un Roi magnanime autant que débonnaire, Un Peuple était heureux. Les Peuples, d'ordinaire, Xe demandent aux rois que justice et bonté Pour tout aliéner, jusqu'à leur volonté.

Ce Peuple prospérait; cependant, son bien-être

Ne devait pas durer toujours.

La cause , s'il fallait la bien faire connaître ,

Exigerait de longs discours, Il suffit qu'un défaut de sens ou de conduite ,

Venu de l'une ou l'autre part,

Nous serve de point de départ.

Le mal s'introduisit : le désordre à sa suite. Le Roi ne régna plus; gouverna moins encor, Et, d'infidèles mains puisant dans le trésor, De l'Etat obéré les coffres se vidèrent; Aux impôts, chaque jour, les impôts succédèrent : La désaffection bien vite s'opéra. Le Peuple fut froissé. Le Peuple murmura. Du murmure à la lutte il ne faut qu'un prétexte. Dans le gouvernement mille abus conserves,

aie poésies:

Des lois dont ou s'applique à corrompre le texte. Le scandale affiché dans les rangs élevés, Les charges de l'Etat au plus offrant vendues, La simarre abritant le prévaricateur, Enfin, dernier effort de l'esprit contempteur, Qui s'agite au milieu des choses confondues, Le mépris des autels, ce signe indicateur Du faux enivrement des nations perdues, Tout annonçait, bientôt, un vaste ébranlement! Comment soustraire un Peuple à son emportement Car lui, ce Peuple aussi, courbé sous sa misère, Irrité par ses maux, et chez qui la colère A comme fécondé les plus cruels instincts, Veut secouer son joug, veut changer ses destins, Dût sa propre fureur tourner contre lui-même.

II était temps d'agir. En cette heure suprême, l 11 Roi se souvieut-il qu'il soit abandonné? Son Peuple est malheureux; donc il est pardonné. S'il le sauve et le rend à son état prospère, « Il est de ses sujets le vainqueur et le père. »

In grand dessein, dès lors, ;i retrempé chez lui Sa vigueur d'autrefois, qu'il retrouve aujourd'hui.

Pour étouffer le mal, pour conjurer l'orage, Écoutant les conseils d'un vieillard et d'un sage, Qui lui montre l'abîme et <jni l'a mesuré, Il se fait dictateur. Et, dans sa dictature, Comme il comprend sa lâche, cl qu'il esl assure, One le Peuple, a son Roi dévoué par nature. Redeviendra soumis s'il n'est plus pressuré. Un gouverneur nouveau va dans chaque province Rendre aux lois le pouvoir qu'elles avaient devant; El le Peuple apaise rend bientôt a son Prince, Tout son amour d'auparavant.

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