AU RÉVÉREND PÈRE LACORDAIRE
PROVINCIAL TE l'ORDRS DES FRERES PRÊCHEURS E\ FI>AXCK.
SOUVEMIR DE BORDEAl'X '.
Voyageurs, qui cherchez sur les plus hautes cime> Des vastes horizons les spectacles sublimes,
1 Cette composition, mise sous les regards du R. P. Lacordaire, lors de son séjour à Bordeaux en 1842, a valu à l'auteur, de la
Votre oreille, toujours, accueille avec faveur Parmi les souvenirs des eaux des Pyrénées, Tous ces noms si chéris de vos jeunes années : Pierrefitte, Argelez et Luz et Saint -Sauveur, El Barège et Luchon, et Cauterets encore, Et, j'allais l'oublier, Bagnères de Bigorre; Habitués des eaux, vous savez tous ces lieux; lous les avez gravis, tous ces monts sourcilleux, Tous ces pics escarpés dont le centre est Barège; Aux lacs de Gavarnie, aux flancs du mont Perdu, Vos pieds se sont empreints sur l'éternelle neige ,
part du célèbre prédicateur, l'honorable et bienveillante réponse que nous mettons sous les yeux du lecteur :
« Bordeaux , 30 mars 1 842.
» Monsieur,
» Je vous remercie de la bonne pensée que vous avez eue de m apporter vous-même de si aimables vers. Il y a bien longtemps que je n'en avais lu d'un style qui me causât autant de plaisir. Nous avons trop perdu la trace du vrai naturel; heureux les esprits qui l'ont conservée comme vous, et plus heureux ceux qui, comme vous encore, embaument leurs pensées et leurs expressions d'un parfum religieux!
» Je vous renouvelle, monsieur, l'hommage de ma reconnaissance, et vous prie d'agréer mes sentiments de liante considération pour votre personne.
i) Signe : Fr. Hkxm-Dominique Lacordairk
■ des Frères prêcheurs. »
El le bruil des torrents, vous l'avez entendu; Et, le corps sur le gouffre, à moitié suspendu. La main seule accrochée à de frêles racines . l'os yeux ont mesuré ces profondes ravines
Où des gaves impétueux De rochers en rochers les ondes bondissantes,
Roulant en vagues écornantes,
Brisent leurs flots tumultueux.
Saisi de ce commun vertige
Que produit l'aspect enivrant
De ces monts où tout est prodige ,
l'eut -être avez- vous en courant Traversé ces deux ais jetés sur un torrent, Ces deux pins vermoulus qui sont le pont d'Espagne.
C'est là qu'un ours et sa compagne Et deux petits oursons, déjà même assez forts,
.Marchaient et côtoyaient les bords
D'un précipice épouvantable.
Un homme, un voyageur égaré, vers le soir (Comme il était sans guide, il était sans espoir), Voit s'avancer vers lui la bande redoutable.
La rencontre est terrible : il y faut du sang-froid. Remis de son premier effroi,
Il songe à taire contenance.
Il sait qu'il lui reste une chance ; Que devant un danger l'ours est moins dangereux, Qu'il est , dans certains cas , d'un naturel peureux ; Qu'il n'attaque jamais au bord d'un précipice
De crainte d'y tomber A ce penser propice ,
Il met sa confiance et son espoir en Dieu ; Un coup d'œil lui suffit pour décider du lieu.
S'il fuit, il est perdu. Si Fours a de l'espace, Le péril reste grand ; mais un espoir a lui : Céder la place à l'ours tout juste pour qu'il passe, \e mettre que deux pieds entre l'abîme et lui. S'il garde l'âme ferme au moment du passage
Il est maître du défilé ; Et, debout sur le roc, si la lutte s'engage, Il porte à sa ceinture un poignard affilé. Sur ce moment suprême à peine il délibère, Les quatre compagnons ne sont plus qu'à vingt pas.
« Seigneur, c'est en vous que j'espère; A vous seul de fixer l'heure de mon trépas. »
L'ours, le premier, s'avance; il hésite, il regarde. Le voyageur se tient en garde.
Dans un angle du roc son corps s'est effacé; Et, semblable au lutteur à la pose athlétique, La main sur son poignard caché sous sa tunique, Immobile..., il frissonne... en se sentanl froissé. L'ours passe librement ; et , quand il a passé , Arrêtant sur sa proie une ardente prunelle, A droite, à son côté, se dresse en sentinelle La mère à ses petits prèle à porter secours , Sur la gauche, à l'instant, se dresse comme Fours ; L'homme est entre les deux... Quelle effroyable scène! Pour ee douteux combat quelle imposante arène! Et quel pinceau rendrait ce tableau tout entier? Les oursons, à leur tour, gagnent sur le sentier;
Et, dès qu'ils sont loin de l'abîme, Les deux ours rassurés poursuivent leur chemin; Kt le conflit s'apaise sans victime.
Mais l'homme a reconnu la main De Celui qui le sauve en ee péril extrême.
De Celui qui, sur ce lieu même.
Dit aux montagnes : Bondisse/ !
Aux \ents : Déchaînez-vous! aux torrents : Mugisse/' Aux niasses de granit : Éclatez en poussière! Qui dit : Soyez agneaux, à des ours redoutés
« Seigneur, à eetle heure dernière, Mes (huniers mois étaient une prier*' ; 1 Kt vous les avez écoutés. »
fi<' doigt de Dieu partout. Esprits forts qui doutez, \ ous qui méconnaissez la sagesse infinie, Dites pourquoi de Tours la famille a passé, Kl comment, dans ces lieux de sauvage harmonie, Pour le salut de l'homme un abîme est placé!
TABLE
Avis de l'Éditeur 1
Fragments d'un discours ex vers, a la Société royale et
CENTRALE d' AGRICULTURE , SCIENCES ET ARTS DE DOUAI 3
Extraits d'un discours ex prose , \ n Société académique
d'Arras 17
Allocution- a la Société académique de Douai 29
L'Abeille et. le Monde 155
L'Aigle et les Moissonneurs 65
L'Aigle et la Poule 233
Les Alouettes ou la Chasse au miroir 139
L'Ane et le Cheval 125
L'Autruche 213
Le Bouton de fleur 43
Les Brebis 83
Le Bûcheron et le Loup 99
La Chasse aux papillons 177
Le Chat et le Moineau 89