‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 17 sur 104 · LIVRE PREMIER. G · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. G

Vers moi vous portera, madame.

El si j'obtiens, pour prix de ma sincérité, Votre amitié que je réclame, Puisque la même adversité Dans le même lieu nous rassemble, Nous y déplorerons ensemble La perte de la liberté. -

L'àne alors, « Je ne suis qu'une timide bêle; Mais l'éléphant dit vrai : les coups me Font appris ; Princesse, gardez-vous d'être instruite1 à ce prix. De l'homme ici vous êtes la conquête ;

Il voudra vous humilier.

Me vous en fiez pas à toul cet air de fête :

Que chez vous le cœur et la tête,

Dans ce qu'ils ont de trop altier, Apprennent à fléchir, et tâchent d'oublier Le primitif objet de leurs fins sur la terre. Bref, mettez à profit cet avis salutaire;

Assouplissez un caractère Que le maître, bientôt, saurait faire plier. »

FABLE SEPTIEME

l'aigle et les moissonneurs.

S'arrètant près d'une fontaine , Un moissonneur vit, non loin de ses bords, Athlètes vigoureux d'une lutte incertaine , Aigle et serpent combattre corps à corps. Après d'inutiles efforts, L'aigle allait succomber sous la terrible étreinte

Des noueux replis du serpent. Le moissonneur ému , déposant toute crainte,

'i'i FABLES.

Marche au reptile , el le frappant

De sa tranchante faulx, fait jaillir sur l'arène

Le sang du dragon qui se traîne El siffle et se débat, découpé par tronçons.

Dans les plaines de l'air l'aigle reprend sa course Le moissonneur rejoint ses compagnons,

Leur portant de l'eau de la source.

El comme, fatigué de la chaleur du jour, Chacun d'eux, à l'envi, se servant tour à tour, A ses lèvres bientôt allait porter sa coupe, L'oiseau de Jupiter, qui plane sur leur groupe. Et qui sait le destin qui leur est préparc,

Franchissant l'espace éthéré, S'abat au milieu d'eux, renverse de son aile

La coupe de son défenseur.

Et, tel qu'un hardi ravisseur, La saisit de son bec el repart avec elle,

Laissant son vengeur stupéfait.

» Façon singulière et nouvelle, - Disent les moissonneurs, de payer ton bienfait. » Ta coupe, la vois-tu dans les airs promenée? » Puis, reprenant les leurs, ils les vident d'un trait.

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