‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 16 sur 104 · LIVRE PREMIER. M · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. M

On pont la préférer même à la liberté. Madame, comprenez votre nouveau bien-être : Oui, la patrie entière à vos yeux va renaître; Vous reverrez l'Afrique et son ciel embaumé ; Le Sennar vous rendra ses retraites profondes,

Et dans ce vallon parfumé Vous jouirez enfin des bienfaits de deux mondes. •

11 dit, et la Girafe, affectant le mépris, A ce discours qui sentait son école.

Ne répond pas une parole.

1/ éléphant lui-même surpris

D'un tel excès de flatterie,

» Excusez, dit-il, le renard; Il est né dans ces lieux. L'Europe est sa patrie :

II ne saurait parler sans fard.

Moi, je vous dois, madame, un langage sincère. Sous les mêmes climats nous avons vu le jour : J'ai pu même autrefois connaître votre père ; Esclave, j'ai gardé mon premier caractère, Et mon pays encore est mon premier amour. Ce bien si cher est perdu sans retour. En vous le disant je soupire.

\ ous le voyez:, l'homme conspire A nous avilir lour à tour.

11 s'érige en tyran de tout ce qui respire, lîien avant vous, l'homme m'avait dompté; Et vous voilà soumise à son empire.

Obéir à la voix d'un maître redouté ;

Déposer toute volonté, Etre offerte en spectacle à la foule importune Et subir en silence une telle infortune A ce destin, madame, il faut vous résigner.

Ce que je dis semble vous indigner, Ne laissez point paraître un courroux inutile, Tout ce qui vient ici doit se montrer docile.

Le lion même, abaissant sa fierté, Y doit souffrir le joug de la nécessité; Je prends cet exemple entre mille.

Mais pour vous de la vérité La voix déjà s'est assez fait entendre Et les grands cœurs toujours ont bien su se comprendre.

A cet air pensif, attristé, Si je sais bien juger de l'état de votre âme, Une douce conformité De malheur et de dignité

Page 1