‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 19 sur 104 · DOMMAGE DE PROFONDE ET RESPECTUEUSE RECONNAISSANCE · texte numérisé non relu

DOMMAGE DE PROFONDE ET RESPECTUEUSE RECONNAISSANCE

Un voyageur , parti de grand matin , Comptait sans accident faire dans sa journée Longue traite, et finir un voyage lointain Qu'il avait entrepris depuis plus d'une année.

Au bout de ce voyage était sa destinée. S'il l'avait à refaire, il y faudrait revoir.

Le dernier jour ranimait son espoir.

Il devait recouvrer une fortune immense ;

Chez lui bientôt tout s'en allait pleuvoir :

L'or et l'argent, les biens en abondance. Encor quelques efforts, encor quelques instants, Il recevait enfin le prix de sa constance; Du fruit de ses labeurs il dotait ses enfants ; Il soulageait sa mère, il mariait sa fille, D'un père infortuné consolait les vieux ans, Et , bienfaiteur de sa famille ,

11 en était et l'orgueil et l'appui.

Tout le bonheur des siens se rapportait à lui.

Quel noble espoir pour une âme bien née! Que de vœux doit combler une telle journée ! Qu'il est doux de se dire : « Il ne faut qu'aujourd'hui!

Mais l'homme est inhabile à la persévérance ; Les périls les plus grands, il sait les affronter;

Et souvent la simple apparence D'une difficulté sans réelle importance, Ou que le moindre effort aurait pu surmonter, Vient l'arrêter tout court et le jette en arrière.

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