‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 20 sur 104 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

In pas dé plus, el sa carrière Était remplie e( ses vœux exaucés.

Témoin ce voyageur conduit par l'espérance : Les neiges, les (rimas sur les uionls culasses, Les vents impétueux et leurs souilles glacés,

Les temps durs, les jours de souffrance, L'ardente canicule et ses feux dévorants. Les dangereux ravins, les rapides torrents. Il a tout supporté, tout franchi sans murmure; Il louche au luit : et la moindre aventure

Va peut-être le renverser '.

Un désert seulement lui reste à traverser.

L'espace en est peu long, et la contrée est sûre :

Nuls présages fâcheux , nul récit de malheurs;

Il peut marcher sans crainte; et s'il fallait, (railleurs.

Courir quelques dangers, dignes d'un autre Alcide,

Il n'y songerait pas , car il est intrépide.

1 L'auteur n'eut peut-être pas emploj é le mot renverser dans l'ac reption qu'il lui donne, si l'exemple de Racine ne \'\ avait autorisé

Vous-même n'allez pas, de contrée en contrée, • Montrer aux nations Alithridatc détruit, V,t rie votre grand nom diminuer lu bruit. •

(Racine, Mithrid., acte III, scène i

Dans ce désert, que va-t-il donc trouver? Des cigales. Voilà ce qu'un destin bizarre

Lui réservait pour réprouver.

Le voilà , cet écueil où sa vertu s'égare. Les chants aigus, le cri strident De l'insecte caniculaire.

Qui ne bruït que sous un ciel ardent.

Fatiguent son oreille. Il ne peut point se faire Au continuel sifflement Qui l'importune et qui le désespère.

Plus il marche, plus son tourment S'accroît ainsi que sa colère.

Tous ses sens sont émus; et cet homme naguère Aux volontés du sort incessamment soumis.

Ferme, impassible, inébranlable.

Le voilà transporté d'une rage indomptable.

Ces cigales pour lui sont autant d'ennemis

Qu'il va livrer à son bras redoutable.

On le croirait poussé par la gloire ou l'honneur.

Il les pourchasse avec ardeur,

I! les écrase, il les assomme; Il en lue un bon nombre, et tant qu'enfin notre homme.

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