LE LOUP ET LE RENARD
Un loup, grand pourvoyeur de sou garde-manger, \ oyait pendre à son croc les agneaux par douzaine
Un renard, son voisin, qui flairait cette aubaine,
Eût bien voulu la partager.
Mais il fallait s'y prendre en ravisseur habile, Car le loup, qui craignait quelque tour du voisin,
\e bougeait pas du domicile.
Quoique le cas fût difficile,
Pour en venir à son dessein ,
Le madré fouille en sa cervelle , Croit y trouver une ruse nouvelle; Et, prenant la démarche et l'air d'un médecin.
Devers le loup , couché dans sa tanière , S'avance gravement , se présente en manière De visite , et lui dit : « Très-honoré cousin , L'intérêt que je prends à tout ce qui vous touche
Fait que je vous cherche aujourd'hui.
Ln loup qui ne sort plus, et qui même se couche Ainsi que je vous vois, a plus que de l'ennui; Ma crainte, il est donc vrai, n'était que trop fondée.
Ne dormant plus de cette idée Que vous étiez gisant , sur le point de mourir,
N'ayant coeur qu'à vous secourir, Je suis venu vers vous; le ciel me soit en aide! Je connaîtrai vos maux, j'en saurai le remède; Si les quelques talents dont ce ciel m'a pourvu Vous peuvent être bons , employez ma recette. Durant ces trois grands jours que je ne vous ai vu , J'ai relu mes auteurs, nettoyé ma lancette;
Qu'il me serait doux de sauver Des jours qu'au prix desmiens je voudrais conserver! »