LIVRE PREMIER. si
.. Très-excellent ami, le ciel , qui vous envoie Sinon pour nie guérir, du moins pour nous revoir,
Me réservait cette dernière joie; Dernière je la dis, car je n'ai plus d'espoir ; Aussi, prêt à quitter les terrestres misères, Les médecins du corps me sont peu nécessaires. Du banquet de la vie exilé pour jamais, Ge n'est qu'avec les dieux que je dois désormais
Songer à régler mes affaires.
En ceci, cher parent, vous me pouvez aider. Un temple est près d'ici, qui vous sera propice. Auprès des dieux , pour moi , courez intercéder. Implorez leur bonté plutôt que leur justice; Peut-être obtiendrez-vous quelque peu de répit. ••
Le renard n'attend pas que son ruse malade
Achève sa jérémiade; Et , contenant à peine son dépit
De voir tourner contre lui-même
La fourbe de son stratagème,
Il s'en va droit chez le berger Des brebis que le loup se plaît à saccager.
Flatte son désir de vengeance ,
L'engage à faire diligence,
Et lui dit que, s'il vont, il lui vendra la peau
Du ravageur de son troupeau ; Qu'il connaît sa retraite en la foret voisine.
Le berger prend un pieu , suit son guide et chemine
Avec lui la moitié du jour;
Puis, après maint et maint détour, Arrive au loup, le surprend dans son gîte
Et vous le dépêche au plus vite.
Le glouton mort , maître renard
Du défunt se fait , sans retard ,
L'exécuteur testamentaire ,
Et déjà dresse l'inventaire.
Agneaux, brebis et moutons gras, Il s'en trouvait pour plus d'une séance
Et, partant, pour plus d'un repas.
Mais courte fut sa jouissance;
Car du berger survient le chien
Qui vous l'étrangle bel et bien.
Loup et renard, chacun pour sa conduite, Dans ce récit à double effet, Reçoit le prix de son méfait :
Le coupable d'abord, le délateur ensuite.
FABLE OXZIEME.
LF.S BKEP.IS.
A MONSIEUR LK COMTE J)l HAMKL,
PREFKT ni! PAS-DE-CALAIS ,