‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 27 sur 104 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Malheur à la canine engeance!

Et malheur peut -être au berger Témoin de tant de maux qu'il n'a pas su venger

L'esprit d'erreur et d'imprudence Allait ainsi croissant au sein du comité ; Les plus jeunes déjà parlaient d'indépendance Et murmuraient le mot de liberté.

On ne sait pas jusqu'où se serait emportée La multitude à demi révoltée, Lorsqu'un vénérable mouton , Portant longue barbe au menton , Le patriarche de la bande.

S'avance et dit : « Mes sœurs, je vous demande

De m'entendre un instant ; je ne serai pas lonjj.

Je suis vieux et cassé ; je n'ai point la voix forte; Le long parler m'est interdit.

Si je blâme ce qu'on a dit , Ce n'est pas pour qu'on s'en rapporte A mon débile jugement; Mais j'ai pour moi cette science Que nous nommons expérience, La moins trompeuse assurément.

Voyons, examinons, en bonne conscience, Si votre plainte est fondée en raison :

Que vous ont fait ces chiens, objets de tant de haine?

Faut-il pour quelques brins de laine

Enlevés à votre toison ,

Ou pour quelque légère offense.

Exposer le bercail à rester sans défense?

Des chiens vous n'aimez point la dent ; J'aimerais mieux aussi m'en passer; cependant

Plus je réfléchis, plus je pense

Que le berger, les chiens et nous, Xous devons vivre en bonne intelligence ;

Car enfin préféreriez -vous

Aux dents des chiens la dent des loups? Aussi bien, j'en vois un justement qui s'avance. Regardez-le , mes sœurs ; il débusque du bois. Qu'en pensez-vous? Faut-il ici l'attendre? »

Aucune ne répond, et toutes à la fois, Ne sachant trop quel parti prendre , S'en vont, en hâte, se ranger

Sous la garde des chiens, sous l'aile du berger.

FABLE DOUZIEME

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