‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 50 sur 104 · LIVRE DEUXIEME. I · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. I

\c bougeons plus; oe faisons pas de bruit,

Car voici venir la première. Observez-la pour tirer quelque fruit

De son imprudente conduite,

Et pour que vous soyez instruit

De ce qu'on gagne à la poursuite

Des faux brillants qui Tout séduite.

Sous le charme trompeur d'un fantastique espoir, La voyez-vous qui plane au-dessus du miroir, Elle suspend son vol ; à peine parait-elle Agiter faiblement son aile.

Dans le trouble de son esprit , C'est Apollon qui lui sourit, C'est le Dieu du jour qui l'appelle ; Elle est bien loin de soupçonner l'éeueil ; Elle se croit au sein de l'Empyrée; Dans son extase, elle est comme enivrée De plaisir, d'amour et d'orgueil.

Mais cependant qu'elle approche et se mire. Et se joue aux clartés du céleste flambeau , L'un des chasseurs en fait son point de mire, Prend son moment, l'ajuste bien et beau. Le couj) part , elle tombe; une autre la remplace.

Celte seconde meurt, une troisième y passe. De bien d'autres encor ces trépas sont suivis. Car le malheur d'autrui ne sert jamais d'avis. C'est celte vérité que je veux mettre en place.

Ainsi chaque grand , tour à tour,

Devant le soleil de la cour ,

Éprouvant pareille disgrâce, En butte aux traits jaloux d'un occulte pouvoir, Du l'aile des grandeurs qu'atteignait son espoir Tombe, comme, après lui, même orgueil fera choir

Tous ces beaux faiseurs de courbettes.

Les courtisans, ce sont les alouettes : La couronne, c'est le miroir.

FABLE HUITIEME

LE SINGE AYANT lUKAQl'E EN FOIRE.

Maître Singe, un beau jour, à ce que dil l'histoire, Voyant qu'un homme intelligent,

Montrant des animaux en foire, Rassemblait force inonde et gagnait force argent ,

S'imagina qu'il aurait chance égale D'amuser son public, s'il montrait aux passants, C'est-à-dire aux passants des forêts du Bengale,

Un animal des plus intéressants,

L'homme, le type vrai de l'espèce amphibie, Ou pygmée ou géant, colosse ou vermisseau, Plus terrible au combat qu'un lion de Xubie,

Ou plus craintif qu'un souriceau; Ayant, esclave ou libre, ou rustre, ou damoiseau, Des penchants, des humeurs, des appétits sans règle; Et qu'on peut peindre au vrai d'un seul coup de pinceau : Sur deux pieds seulement posé comme un oiseau ,

(l'est une buse ou c'est un aigle.

Entrez, leur dira-t-il , pressez-vous pour le voir, Cet animal, tantôt blanc, tantôt noir.

Jamais dans l'état de nature,

Jamais nu, toujours habillé, Souvent chamarré d'or, éclatant de parure,

Et plus souvent déguenillé.

Quand il eut calculé la faveur de ses chances , C'était fêle à la cour. Le monarque des bois Venait précisément d'annoncer des tournois ,

De publiques réjouissances.

\otre singe choisit ces grands jours de gala,

Prit son bagage et s'en alla Tenir baraque eu foire et crier à tue-tête :

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