‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 56 sur 104 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Soit qu'il prit en dégoût sa pénible existence, Soit quelque autre motif, enfin notre renard Tourna vers sa patrie un amoureux regard. Peut-être croyait -il que pendant son absence On avait établi le règne des vertus Et corrigé tous les abus.

Séduit par cet espoir ou quelque autre semblable, Il se dispose à quitter son séjour; Et, malgré l'âge qui l'accable,

11 part , et bâte son retour.

Il arrive ; niais , ù disgrâce !

Les cboses, en effet, avaient changé de face;

Mais tout le glace de terreur :

Partout des traces de carnage,

Partout l'empreinte du malheur.

Aux lares paternels il va pour rendre hommage, Il ne retrouve plus son antique héritage.

11 voit que rien n'est demeuré

De l'ancien sol de la patrie

De fond en comble labouré; Le pays est partout en pleine barbarie ; Le trône est renversé, le vieux culte est détruit Uuel moyen d'écbapper au sort qui le poursuit ?

Hi:>

Ce n'es! plus au lion qu'appartient la puissance. Des tigres el des ours la farouche licence A remis le pouvoir aux mains des plus pervers ;

I! voit, mesurant son revers, (le qu'il peut redouter dune tourbe en furie , Et, plein de sa douleur, n'aspirant désormais Qu'au seul bien de revoir sa retraite chérie,

Qu'il n'aurait dû quitter jamais,

Fuyons, dit noire cénobite,

Ne sachant plus où recourir;

Fuyons celle terre maudite ,

Ici, j'aurais trop à souffrir; Retournons au désert, et, puisqu'il faut mourir.

Que ce soit là mon dernier gîte.

FABLE QUATORZIÈME

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