ABEILLE ET LE MOMIE
In homme qui suivait le tourbillon du monde
Entrant un soir dans un salon, Après qu'en s'inclinant il eut l'ait à la ronde Deux ou trois tours sur le talon, « Bon Dieu! dit-il, la bruyante soirée! Bien m'eût ]>ris, je le vois, de ne pas y venir. Mon oreille à ce bruit n'était point préparée. Je venais pour causer, c'est à n'y point tenir;
Non, ce n'est pas un monde qui raisonne, C'est une ruche qui bourdonne.
Encor, pour échapper à ce bourdonnement. Si j'avais eu l'esprit de garder ma voiture ! »
Une abeille, par aventure,
Se trouvait là pour le moment.
Dans les plis d'un rideau celte imprudente abeille
Se tenait coite, ayant l'oreille A tout ce qu'on disait; et la comparaison Du inonde et d'une ruche offensait sa raison.
« Je voudrais bien savoir, dit-elle,
D'où peut venir ce parallèle
Oui me parait un contre- sens.
Çà, messieurs les humains, comme nous, d'ordinaire,
Vous vous rassemblez, j'y consens; Mais à quoi bon, si c'est pour ne rien faire
Ou pour ne foire que des riens?
Dans de frivoles entretiens User le temps, c'est là votre plus grande affaire ;
Kl la nôtre, tout au contraire, Ksi de h' ménager. Notre première loi
(l'est d'en faire un utile emploi.
Ll\ RE DKl XIÈME. i:»7
Ou nous entend, il est vrai, dans Je monde Causer un loger bruit; mais ce bourdonnement,
Dont notre aile rapide est Tunique instrument. En quoi ressemble-t-il à Forage qui gronde, A ces bruyants éclats de vos confuses voix, Quand vous parlez tous à la lois?
Voilà deux heures que je vois Des hommes réunis et que je les écoule :
On a beaucoup parlé sans doute, Et sur plus d'un sujet discuté, conteste. Et crié plus encor; mais qu'en est-il resté? Mille flambeaux ont prête leur lumière A vos débats, à vos soins importants, Un orateur subtil, épuisant sa matière, A séduit, et bientôt lassé les écoutants. Fallait -il pour si peu pérorer si longtemps?
» Demain, reconquérant ma liberté perdue, Demain , d'un nouveau jour saluant le réveil , Tandis qu'auprès de vous la paresse assidue
Vous retiendra dans son sommeil , Demain, libre et joyeuse, et dès l'aube rendue
A mes laborieux penchants, Demain, s'il plaît à Dieu, j'aurai la clef des champs
Je reverrai mes compagnes chéries, El lorsqiL'en butinant sur les fleurs des prairies Je me ferai l'écho de tant de beaux esprits, Dont j'aurai retenu quelques phrases fleuries, On ne me croira point. On sera fort surpris Du peu que vous m'aurez appris; Car, s'il m'est permis de le dire, Qu'aurai-je vu dans vos maisons : Que c'est vous qui brûlez la cire Ml que c'est nous qui la faisons. »
FABLE TREIZIEME
LE KIvVAKH MISANTHROPE.
Un renard comme on n'en voit guère , Bon parent, bon ami, bon voisin, point escroc
Un renard vraiment débonnaire, Qui n'avait jamais mis de poules à son croc, Songeant un jour aux crimes de la terre,
Résolut de prendre le froc.
Plein d'une aversion profonde Pour le inonde,
KiO FABLES.
Il ne voyait 'd'autre moyen De conserver, son penchant vers le bien Qu'en fuyant toute compagnie.
Fort de cette philosophie,
Il abandonne sans regrets Ses biens, son terrier, sa pairie, l'ait ses adieux aux hôtes des forets El va, nouvel anachorète, Délaissant la société, (moisir une obscure retraite Dans les profonds ravins d'un sile inhabité.
En ce séjour de paix et de sécurité
Dix ans s'étaient passés, et, durant cet espace,
Il n'avait d'animaux rencontré nulle trace.
A peine encor, parfois, pensait-il à sa race,
Et, content jusque-là de son obscurité,
Les regrets dans son cœur n'avaient point trouvé place.
Mais il devenait vieux, il était sans appui,
Et , soit qu'il sentît naître en lui Le désir de revoir le lieu de sa naissance (C'est un tribut qu'il faut lui payer tôt ou tard),