LE RE\ A HP ET LE CHAT
Le Renard et le Chat, savants de même étage,
Moralistes surtout, ainsi qu'on va le voir,
Et tous deux exercés dans Tari du beau langage ,
Ayant quitté, par un beau soir, Le Renard son terrier et le Chat son manoir, Ensemble voyageaient et, durant le voyage. Déployaient les trésors de leur profond savoir.
Parlant de tout et croyant tout connaître, Il n'était rien sur quoi, désireux de paraître,
Chacun de ces deux beaux diseurs Xe se crût en état de discourir en maître : Religion, justice, influence des mœurs, Police des Etats, gouvernement, finance, Ordre de l'univers et physique, et moral, Et le juste, et l'injuste, et le bien, et le mal,
Rien n'effrayait leur subtile éloquence ; Et nos deux pèlerins, bouffis de suffisance, Sur tous ces points parlaient d'un ton
A dérouter et Socrate et Platon.
Dans Ud temps de philosophie, Où l'on refaisait tout, sans reconstruire rien,
Où du nom de philanthropie On décorait le peu qui se faisait de bien,
Le zèle de la bienfaisance
Devait aussi, comme on le pense, De nos parleurs animer l'entretien.
Pour les grands sentiments quelle source féconde ! 11 fallait les entendre, en ces graves sujets. Débattre avec chaleur les généreux projets