‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 60 sur 104 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Plus d'une lois j'ai fait Ja ronde !

Loin de m'en savoir gré, loin de me ménager,

Ton compagnon n'a l'ail que m'outrager.

C'est trop longtemps porter la houle et la colère. L'occasion est belle, et je viens me venger

De l'insulte d'un téméraire.

Toi, ne crains rien, encore un coup; Laisse-moi le combattre, el même, loi de loup.

Si j'ai l'honneur de la victoire, De ce troupeau le rendant seul gardien, Je t'aide à le conduire, el nie lais Ion soutien.

Dupe de ce flatteur, assez sol pour le croire. Notre chien paya cher un grain d'ambition.

Dès qu'il eut tourné le talon, Le Loup sur l'autre chien s'élance plein de rage,

L'étrangle, et sur le pauvre compagnon Revient tout aussitôt consommer son ouvrage.

» Eli quoi ! dit celui-ci, sommes-nous pas amis. Seigneur? Qu'est devenu ce doucereux langage".'1 Sont-ce là les bienfaits que vous m'aviez promis ? Avcz-vous oublié la loi qui vous engage?

— Insensé ! dit le Loup tout en le déchirant.

Et par lambeaux le dévorant ; Qui donc a pu loger dans ta pauvre cervelle Qu'entre les chiens et nous, gens de vieille querelle. Un pacte pût se faire avec sécurité ?

Je croyais plus d'esprit à ceux de ton espèce ; Sur la foi d'un traité tu veux que je te laisse î

Vraiment je ris de ta simplicité !

Vous, chiens, j'en fais l'aveu, vous parlez à merveille

De foi, d'honneur et d'équité;

Nous autres, loups, pour notre oreille.

Tous ces grands mots sont superflus. »

Il n'avait pas tout dit que le chien n'était plus.

LE COROOXXIER 1» ATHENES.

Dans la ville du Parthénon ,

Un Cordonnier de grand renom , Artiste distingué dans l'art de la chaussure,

Crut que la gloire de son nom Devait passer à la race future.

.. A tant d'honneur, dit-il, et de célébrité.

Puisque mon talent sut atteindre.

Je sens ce que je dois. à la postérité;

Décidément je me fais peindre.

C'est à moi que mon art devra sa dignité. »

Ainsi, dans sa noble assurance,

Douce erreur de sa vanité.

Il dit, et sur son Iront découvre par avance

In rayon d'immortalité.

Mais quel sera le peintre habile

Digne d'un sujet aussi beau ?

. Apelle , lu m'entends, plus il est difficile, Plus aussi Lu lui dois I honneur de ton pinceau. - Il court donc chez Apelle ; il ne met point en doute L'empressement du peintre honoré de son choix.

Le maître et l'accueille et l'écoute ; l'uis, déjà plein du feu dont s'animent ses doigts : u Les hommes, tu dis vrai, sont égaux par la gloire. Viens, ton rang et le mien sont marqués dans l'histoire Apollon te permet d'approcher son autel ; Il me remplit pour loi d'une flamme divine. Entre où soûl mes pinceaux : je le fais immortel. ••

Le portrait achevé, notre homme l'examine.

D'un ton de connaisseur : ^ L'ensemble est bien , dit-il

Mais le uœud du soulier légèrement grimace.

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