LIVRE TROISIEME. IKf
Agir, c'est à quoi je t'exhorte; Nous causerons après. Quoi! parce qu'aujourd'hui
Il plaît au seigneur notre maître, Par caprice, que sais-je? ou par oubli, peut-être,
De nous laisser tous deux chez lui, Nous serions assez bons pour y périr d'ennui?
Et, quand tout le monde est en fête,
Nous resterions ici comme de vrais nigauds !
Qui donc aurait notre part des gigots? »
Ce dernier mot suffit à leur monter la tête. Sans plus délibérer, les voilà donc tous deux Délaissant la maison, gagnant par les derrières,
Escaladant murs et barrières ,
Et courant tout droit devant eux.
Dans leur empressement d'arriver au potage. Ils n'avaient pas suivi le meilleur des chemins. Un cloaque était près du champêtre ermitage ;
Et voilà nos deux pèlerins Qui, sans s'inquiéter, en leur course rapide, S'il est séant de paraître au manoir
L'habit couvert d'un limon noir, S'élancent au travers de la bourbe fétide,
Et tout fiers de l'accueil qu'ils comptent recevoir. Sautent sur le perron, passent par la cuisine, Et gagnent le salon crottés jusqu'à l'échiné.
A leur aspect, qu'on s'imagine Les hourras des enfants, les clameurs des valets, Et puis les manches à balais, Irais punisseurs des trouble-fèles, Accourant sur ces entrefaites, Les coups de pieds, de pelles, de pincettes, Pleuvant sur l'un et l'autre chien, Sans qu'aucun d'eux y comprit rien.
Enfin, moques, chassés et, pour toute pitance.
Battus et rossés d'importance , Polydor, de l'Attique, et César, le Romain, Se virent obligés de rebrousser chemin.
Ils rentrent au logis, mais c'est pour s'y morfondre.
C'est le cas du dicton, qui ne s'est pas perdu : Tel est souvent sorti pour tondre Oui s'en est retourné tondu.
FABLE QUATRIEME