‹ Fables, contes et autres poésiesChapitre 72 sur 104 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

Et le prochain trépas d'un parent qui me reste

Mon bien sera doublé dans peu.

Je n'en attends pas moins de la faveur céleste ;

Eh bien! mon cher, ce penser me grandit. Je m'élève à mes yeux; je me sens plus d'étoffe. Je sais que là-dessus, du moins à ce qu'on dit,

Vous pensez comme un philosophe ; C'est, sans doute, fort bien; mais, en homme d'esprit ,

Soyez juge dans votre cause :

Convenez que sans bien l'homme est fort peu de chose. De vous à moi, sans contredit, La différence est du grand au petit.

J'ai des gens , des vassaux et presque une province ; Il arrive parfois qu'on me nomme mon prince ! Et vous, sait-on si unis avez un rang? Donc, par ce bien qui m'environne, Quelque chose de large et de noble et de grand, D'immense enfin s'attache à ma personne '. »

1 Le lecteur nous saura gré de placer sous ses yeux, à l'appui de la vérité morale que renferme notre apologue, le sentiment du plus puissant orateur de la chaire chrétienne, nous montrant ce particulier travers de l'orgueil , qui existait à son époque , comme il existe de nos jours, et qu'il a su dépeindre avec une si juste et si incisive sévérité.

L'ami, jusque-là tort discret, Lui dit alors : — - Dans votre cabinet

J'aperçois une mappemonde, Montrez-moi, s'il vous plaît, sur la machine roude.

Le chemin que vous avez fait; Je veux pouvoir souvent admirer à souhait. Ce grandiose aspect de presque tout un monde. Je m'en fais à l'avance un ravissant plaisir. Rentré tantôt chez moi, je prendrai le loisir De parcourir des yeux un si vaste héritage, Et sur ma sphère aussi d'en retrouver l'image. Faites que de tous points je demeure enchanté,

Voici comment s'exprime Bossuet :

« L'homme, pauvre et indigent au dedans, tâche de s'agrandir e( de s'enrichir comme il peut; et comme il ne lui est pas possible de rien ajouter à sa taille et à sa grandeur naturelle, il s'applique ce qu'il peut parle dehors; il pense qu'il s'incorpore, si vous me permettez de parler ainsi, tout ce qu'il amasse, tout ce qu'il acquiert . tout ce qu'il gagne; il s'imagine croître lui-même avec son train qu'il augmente, avec ses appartements qu'il rehausse, avec son domaine qu'il étend. Aussi, à voir comme il marche, vous diriez que la terre ne le contient plus , et sa fortune enfermant en soi tant de fortunes particulières, il ne peut plus se compter pour un seul homme. »

(Bossuet, Srrmon sur l'honneur, pirclir devant le roi. — Éd. Didot, 1844, p. 238.)

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