LIVRE IV. FABLE XIII
Un lapin, une sarcelle,
Vivaient heureux et contents.
Le terrier du lapin était sur \,a lisière D'un parc bordé d'une rivière.
Soir et matin nos bons amis, Profilant de ce voisinage, Tantôt au bord de l'eau, tantôt sous le feuillage,
L'un chez l'autre étaient réunis. Là, prenant leurs repas, se contant des nouvelles,
Ils n'en trouvaient point de si belles Que de se répéter qu'ils s'aimeraient toujours. Ce sujet revenait sans cesse en leurs discours. Tout était en commun, plaisirs, chagrins, souffrance; Ce qui manquait à l'un, l'autre le regrettait; Si l'un avait du mal, son ami le sentait; Si d'un bien au contraire il goûtait l'espérance,
Tous deux en jouissaient d'avance.
Tel était leur destin, lorsqu'un jour, jour affreux ! Le lapin, pour dîner, venant chez la sarcelle, Ne la retrouve plus : inquiet, il l'appelle ; Personne ne répond à ses cris douloureux.
Le lapin, de frayeur l'âme toute saisie, Ya, vient, fait mille tours, cherche dans les roseaux,
S'incline par dessus les flots, Et voudrait s'y plonger pour trouver son amie. Hélas! s'écriait-il, m'entends-tu? réponds-moi,
Ha sœur, ma compagne chérie,
Ne prolonge pas mon effroi :
Encor quelques moments, c'en est fait de ma vie : J'aime mieux expirer que de trembler pour toi.
Disant ces mots, il court, il pleure,
Et, s'avançant le long de l'eau,