LIVRE I. FABLE I
Et si quelque envieux, quelque esprit de travers,
Outrageant un jour tes beaux vers, Te donne assez d'humeur pour t'empècher d'écrire, Je te demande alors de vouloir le relire.
Dans une belle nuit du charmant mois de mai.
Un berger contemplait, du haut d'une colline, La lune promenant sa lumière argentine Au milieu d'un ciel pur d'étoiles parsemé, Le tilleul odorant, le lilas, l'aubépine, Au gré d'un doux zéphyr balançant leurs rameaux,
Et les ruisseaux dans les prairies
Brisant sur des rives fleuries
Le cristal de leurs claires eaux.
Un rossignol, dans le bocage, Mêlait ses doux accents à ce calme enchanteur : L'écho les répétait, et notre heureux pasteur, Transporté de plaisir, écoutait son ramage.
Mais tout à coup l'oiseau finit ses tendres sons.
En vain le berger le supplie
De continuer sa chanson ; Non, dit le rossignol, c'en est fait pour la vie ; Je ne troublerai plus ces paisibles forêts.
N'entends-tu pas dans ce marais
Mille grenouilles coassantes Qui, par des cris affreux insultent à mes chants : Je cède, et reconnais que mes faibles accents Ne peuvent l'emporter sur leurs voix glapissantes. Ami, dit le berger, tu vas combler leurs vœux ; Te taire est le moyen qu'on les écoute mieux : Je ne les entends plus aussitôt que tu chantes.