‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 132 sur 271 · LIVRE V. FABLE VI · texte numérisé non relu

LIVRE V. FABLE VI

Regardait un pasteur jouant, sous le feuillage,

D'une flûte dont les doux sons Attiraient et charmaient les bergers du bocage. Cet âne mécontent disait : Ce monde est fou !

Les voilà tous, bouche béante, Admirant un grand sot qui sue et se tourmente

A souffler dans un petit trou.

C'est par de tels efforts qu'on parvient à leur plaire; Tandis que moi... Suffit... Allons-nous-en d'ici,

Car je me seus trop en colère.

Notre âne, en raisonnant ainsi, Avance quelques pas, lorsque, sur la fougère, Une flûte, oubliée en ces champêtres lieux

Par quelque pasteur amoureux, Se trouve sous ses pieds. Notre âne se redresse ; Sur elle de côté fixe ses deux gros yeux ; Une oreille en avant, lentement il se baisse, Applique son naseau sur le pauvre instrument, Et souffle tant qu'il peut. hasard incroyable!

Il en sort un son agréable.

L'âne se croit un grand talent, Et, tout joyeux, s'écrie, en faisant la culbute :

Eh ! je joue aussi de la flûte.

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