LIVRE Y. FABLE VI
C'en est fait, je renonce à l'indigne maîtresse Que j'adorai toujours sans jamais l'estimer; Tu connais pour le jeu ma coupable faiblesse,
Eh bien ! je vais la réprimer ;
Je vais me retirer du monde ; Et, calme désormais, libre de tous soucis,
Dans une retraite profonde, Vivre pour la sagesse et pour mes seuls amis.
Que de fois vous lavez promis!
Toujours en vain, lui répondisse.
Çà, quand commencez-vous? — Dans huit jours, sûrement.
— Pourquoi pas aujourd'hui? Ce long retard m'afflige.
— Oh î je ne puis dans un moment
Briser une si forte chaîne :
11 me faut un prétexte ; il viendra, j'en réponds.
Causant ainsi, nous arrivons
Jusque sur les bords de la Seine ;
Et j'aperçois un paysan
Assis sur une large pierre, Regardant l'eau couler d'un air impatient.
— L'ami, que fais-tu là? — Monsieur, pour une affaire, Au village prochain je suis contraint d'aller ;
Je ne vois point de pont pour passer la rivière, Et j'attends que cette eau cesse enfin de couler.
Mon ami, vous voilà, cet homme est votre image : Vous perdez en projets les plus beaux de vos jours : Si vous voulez passer, jetez-vous à la nage ; Car cette eau coulera toujours.
De ceux qui vont portant, jusqu'au milieu du dos,
Une toison tombante à flots,
Exhalait ainsi sa tristesse :
Il faut donc vous quitter, ô pénates chéris ls
Un barbare, à l'âge où je suis, M'oblige à renoncer aux lieux qui m'ont vu naître. Sans appui, sans secours, dans un pays nouveau, Je vais, les yeux en pleurs, demander un tombeau
Qu'on me refusera peut-être.
tyran, tu le veux ! allons, il faut partir.
Un barbet l'entendit : touché de sa misère u , Quel motif, lui dit-il, peut t'obliger à fuir? — Ce qui m'y force, ô ciel ! Et cet édit sévère Qui nous chasse à jamais de cet heureux canton?...
[cher frère?] Nous? — Non pas vous, mais moi.— Comment! toi, mon