‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 14 sur 271 · LIVRE I. FABLE m · texte numérisé non relu

LIVRE I. FABLE m

Cent colonnes d'albâtre en formaient le portique * 8 ; L'or, le jaspe, l'azur, décoraient le parvis M - 50 ; Dans les appartements embellis de sculpture, Sous des lambris de cèdre, on voyait réunis 51 Et les trésors du luxe et ceux de la nature, Les fleurs, les diamants, les parfums, la verdure, Les myrtes odorants, les chefs-d'œuvres de l'art 81 ,

Et les fontaines jaillissantes

Roulant leurs ondes bondissantes

A côté des lits de brocart 5 *.

Près de ce beau palais, juste devant l'entrée, Une étroite chaumière, antique et délabrée, D'une pauvre tisserand était l'humble réduit.

Là, content du petit produit D'un grand travail, sans dette et sans soucis pénible,

Le bon vieillard, libre, oublié,

Coulait des jours doux et paisibles,

Point envieux, point envié.

J'ai déjà dit que sa retraite

Masquait le devant du palais.

Le vizir veut d'abord, sans forme de procès, 5 \

Qu'on abatte la maisonnette ; Mais le calife veut que d'abord on l'achète.

Il fallut obéir : on va chez l'ouvrier, On lui porte de l'or. — Non, gardez votre somme,

Répond doucement le pauvre homme ; Je n'ai besoin de rien avec mon atelier, Et, quant à ma maison, je ne puis m'en défaire : C'est là que je suis né, c'est là qu'est mort mon père ;

Je prétends y mourir aussi.

Le calife, s'il veut, peut me chasser d'ici,

Il peut détruire ma chaumière ;

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