‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 146 sur 271 · LE HÉRISSON ET LES LAPINS · texte numérisé non relu

LE HÉRISSON ET LES LAPINS

Il est certains esprits d'un naturel hargneux

Qui toujours ont besoin de guerre ; Ils aiment à piquer, se plaisent à déplaire, Et montrent pour cela des talents merveilleux.

Quant à moi, je les fuis sans cesse, Eussent-ils tous les dons et tous les attributs ; J'y veux de l'indulgence ou de la politesse:

C'est la parure des vertus.

Un hérisson, qu'une tracasserie Avait forcé de quitter sa patrie,

Dans un grand terrier de lapins

Vint porter sa misanthropie.

11 leur conta ses longs chagrins,

Contre ses ennemis exhala bien sa bile, Et finit par prier les hôtes souterrains

De vouloir lui donner asile.

Volontiers, lui dit le doyen :

Nous sommes bonnes gens, nous vivons comme frères, Et nous ne connaissons ni le tien ni le mien 11 ; Tout est commun ici : nos plus grandes affaire

Sont d'aller, dès l'aube du jour, Brouter le serpolet, jouer sur l'herbe tendre : Chacun, pendant ce temps, sentinelle à son tour, Veille sur le chasseur qui voudrait nous surprendre; S'il l'aperçoit, il frappe, et nous voilà blottis

Avec nos femmes, nos petits.

Dans la gaité, dans la concorde, Nous passons les instants que le ciel nous accorde.

Souvent ils sont prompts à finir ;

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