‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 150 sur 271 · LIVRE V. FABLE XIX · texte numérisé non relu

LIVRE V. FABLE XIX

Effrayât les chiens du pays.

La procédure en un jour fut finie ; Mille témoins pour un déposent l'attentat :

Récolés, confrontés, aucun d'eux ne varie; Mouflar est convaincu du triple assassinat :

Mouflar recevra donc deux balles dans la tête

Sur le lieu même du délit.

A son supplice qui s'apprête

Toute la ferme se rendit.

Les agneaux de Mouflar demandèrent sa grâce; Elle fut refusée. On leur fit prendre place :

Les chiens se rangèrent près d'eux, Tristes, humiliés, mornes, l'oreille basse, Plaignant, sans l'excuser, leur frère malheureux. Tout le monde attendait, dans un profond silence. Mouflar paraît bientôt, conduit par deux pasteurs ; D arrive ; et levant au ciel ses yeux en pleurs,

Il harangue ainsi l'assistance :

vous qu'en ce moment je n'ose et je ne puis Nommer, comme autrefois, mes frères, mes amis,

Témoins de mon heure dernière, Voyez où peut conduire un coupable désir!

De la vertu quinze ans j'ai suivi la carrière ;

Un faux pas m'en a fait sortir, Apprenez mes forfaits. Au lever de l'aurore, Seul auprès du grand bois, je gardais le troupeau ;

Un loup vient, emporte un agneau,

Et tout en fuyant le dévore.

Je cours, j'atteins le loup, qui, laissant son festin,

Vient m'attaquer : je le terrasse,

Et je l'étrangle sur la place.

C'était bien jusque-là: mais, pressé par la faim,

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