‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 153 sur 271 · LITRE Y. FABLE XXI · texte numérisé non relu

LITRE Y. FABLE XXI

Et me tiens dans mon ermitage.

Si malheureusement, le matin, dans les bois, Quelque étourneau bavard, quelque méchante pie M'aperçoit, aussitôt leurs glapissantes voix Appellent de partout une troupe étourdie,

Qui me poursuit et m'injurie :

le souffre, je me tais ; et, dans ce chamaillis,

Seul, de sang-froid et sans colère, N'esquivant doucement de taillis en taillis, Je regagne à la fin ma retraite si chère.

Là, solitaire et libre, oubliant tous mes maux, Je laisse les soucis, les craintes à la porte , Voilà tout mon savoir : Je m 9 abstiens, je supporte ;

La sagesse est dans ces deux mots. Tu me l'as dit cent fois, cher Ducis, tes ouvrages,

Tes beaux vers, tes nombreux succès Ne sont rien à tes yeux, auprès de cette paix

Que l'innocence donne aux sages.

Quand, de l'Eschyle anglais heureux imitateur 19 ,

Je te vois, d'une main hardie,

Porter sur la scène agrandie Les crimes de Macbeth, de Léar le malheur 30 - 31 . La gloire est un besoin pour ton âme attendrie; Mais elle est un fardeau pour ton sensible cœur. Seul, au fond d'un désert, au bord d'une onde pure, Tu ne veux que ta lyre, un saule et la nature:

Le vain désir d'être oublié

T'occupe et te charme sans cesse:

Ah ! souffre au moins que l'amitié

Trompe en ce seul point ta sagesse.

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