ÉGLOGUE
N'êtes-vous pas ma mère en tout temps, en tout lieu? Votre peuple est mon peuple, et votre Dieu mon Dieu. La terre où vous mourrez verra finir ma vie; Ruth dans votre tombeau veut être ensevelie : Jusque-là vous servir sera mes plus doux soins; Nous souffrirons ensemble, et nous souffrirons moins.
Quoi 1 ! c'est là Noémi? Non, leur répondit-elle, Ce n'est plus Noémi : ce nom veut dire belle ; J'ai perdu ma beauté, mes fils et mon ami :
Nommez-moi malheureuse, et non pas Noémi.
Dans ce temps, de Juda les nombreuses familles Recueillaient les épis tombant sous les faucilles : Ruth veut aller glaner. Le jour à peine luit, Qu'aux champs du vieux Rooz le hasard la conduit; De Rooz dont Juda respecte la sagesse, Vertueux sans orgueil, indulgent sans faiblesse, Et qui, des malheureux l'amour et le soutien, Depuis quatre-vingts ans fait tous les jours du bien.
Ruth 1 suivait dans son champ la dernière glaneuse: Étrangère et timide, elle se trouve heureuse De ramasser l'épi qu'un autre a dédaigné.
Rooz, qui l'aperçoit, vers elle est entraîné: Ha fille, lui dit-il, glanez près des javelles ; Les pauvres ont des droits sur des moissons si belles. Hais vers ces deux palmiers suivez plutôt mes pas, Venez des moissonneurs partager le repas, Le maître de ce champ par ma voix vous l'ordonne; Ce n'est que pour donner que le Seigneur nous donne. Il dit : Ruth à genoux de pleurs baigne sa main. Le vieillard la conduit au champêtre festin.
Les moissonneurs, charmés de ses traits, de sa grâce, Veulent qu'au milieu d'eux elle prenne sa place ;
1 Dicebantque : Haec est illa Noemi? Quibus ait : Ne vocetis me Noemi (id est pulchram); sed vocate me Mara (id est amaram) : quia amaritudine valde replevit me Omnipotens. Egressa sum plena ; et vatoani reduxit me Dominus.
* Et colligebat spicas post terga metentium... Et aitBooz ad Ruth : Audi, filia; ne vadas in altemm agrum ad colligcndum... Si aitieris, vade ad sarcinulas, et bibe aquas de quibus et pueri bibunt.