LE PERROQUET
citer un grand nombre qui décèlent un écrivain penseur et philosophe. •
Lamotte est mort le 26 décembre 1731, à l'âge de cinquanteneuf ans.
Mais tout un mois, malgré ses leçons et ses soins,
L'oiseau ne lui frappe l'oreille Que de son ennuyeux « Je n'en pense pas moins. »
Que maudite soit la pécore,
Dit le maître, tu n'es qu'un sot;
Avec la tête sans cervelle 1 .
Son mot est excellent. D'accord :
Hais un autre devait le dire.
Là-dessus, dira-t-on, n'aurez-vous jamais tort? Sans doute, je l'aurai ; mais alors ma satire
Du vieux docteur renard frappe les yeux ruses.
Plus de morale; il court, vous l'attrape et la mange :
Tandis qu'un rat, qui sortait d'une grange, Assouvit aussitôt la faim Du chat, qui jusque-là s'était cru plus humain.
Non loin de là, demoiselle araignée, Qui de sa toile vit le coup.
Raisonnait d'eux comme ils faisaient du loup : Une mouche à son tour n'en fut pas épargnée.
Nous voilà bien. Souvent nous condamnons autrui. Que l'occasion s'offre; en fait-on moins que lui?
Halte-là, lecteur, et qui vive?
Es-tu le partisan ou l'envieux du beau?
Et si par hasard il m'arrive De t offrir quelque trait sensé, vif et nouveau,
N'es-tu point résolu d'avance À le trouver mauvais, et sans autre pourquoi?
S'il est ainsi, je te dispense D'aller plus loin : Je n'écris pas pour toi.
Va-t'en porter ta censure hautaine Sur Corneille, Boileau, Racine ou la Fontaine : Voilà des écrivains dignes de t'exercer.
Pour moi, je n'en vaux pas la peine.
Ce serait pauvre gain que de me rabaisser.
Je veux un lecteur équitable, Qui, pour tout mépriser, n'aille pas se saisir
De quelque endroit en effet méprisable; Qui me blâme à regret, lorsque je suis blâmable; Et lorsque je suis bon, le sente avefc plaisir.
Vive oe lecteur sociable ; i
Hais quant à ces lecteurs malins, i
Qui des talents d'autrui font leur propre supplice,
Puissent naître pour eux des ouvrages divins, !
Gardons-nous de rien feindre en Tain.
La vérité doit naître de la fable.
Qu'est-ce qu'un conte sans dessein?
Parole oiseuse et punissable.
Hais tout vrai ne plaît pas. Un vrai fade et commun Est chose mutile à rebattre.
Que sert par un conte importun De me prouver que deux et deux font quatre?
Nous devons tous mourir. Je le savais sans vous,
Vous n'apprenez rien à personne.
Je veux un vrai plus fin, reconnaissante à tous, Et qui cependant nous étonne :
De ce vrai, dont tous les esprits Ont en eux-mêmes la semence, Qu'on ne cultive point et que l'on est surpris De trouver vrai quand on y pense.
Laissez-donc là vos fictions, Me va répondre un censeur difficile.
Pensez-vous nous donner quelques instructions?
Non pas à vous, vous êtes trop habile :
Hais il est des lecteurs d'un étage plus bas ; Et telle fiction qui ne vous instruit pas, À. leur égard pourrait être instructive.
Il faut que tout le monde vive.
Un chat, le plus gourmand qui fut,
N'ayant d'autre ami que son ventre, Fondit sur un serin, et sans respect du chantre,
L'étrangla net et s'en reput.
Le serin et le chat vivaient sous même maître. A peine aperçoit-on le meurtre de l'oiseau,