LÀ RONGE ET LE JARDINIER
Que l'on jure la mort du traître.
Chacun veut être son bourreau.
L'assassin l'entendit et trembla pour sa peau.
Les vœux sont enfants de la crainte; Il en fit un. S'il sort de ce danger, De la faim la plus rude éprouvât-il l'atteinte, Il renonce aux oiseaux, n'en veut jamais manger ; En atteste les dieux en leur demandant grâce; Et comme si c'était reflet de son serment,
Le maître oublia sa menace
Et se calma dans le moment.
Le Raminagrabis échappé de l'orage, Trouva deux jours après une chauve-souris.
Qu'en fera-t-il? Son vœu l'avertit d'être sage; Son appétit glouton n'est pas du même avis.
Grand combat ! embarras étrange !
Le chat décide enfin. Tu passeras, ma foi, Dit-il ; en tant qu'oiseau, je ne veux rien de toi,
Hais comme souris je te mange.
Le ciel peut-il s'en fâcher? Non,
Se répondait le bon apôtre.
Son casuiste, c'est le nôtre :
L'intérêt, qui d'un mot se fait une raison.
Ce qu'on se défend sous un nom,
On se le permet sous un autre.