‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 166 sur 271 · LES DEUX LÉZARDS · texte numérisé non relu

LES DEUX LÉZARDS

Au coin d'un bois, le long d'uue muraille, Deux lézards, bons amis, conversaient au soleil. Que notre état est mince! En est-il un pareil? Dit l'un. Nous respirons ici vaille que vaille ; Et puis c'est tout; à peine le sait-on.

Nul rang, nulle distinction.

Que maudit soit le sort de m'avoir fait reptile. Encor, si comme on dit que Ton en trouve ailleurs, Il m'eut fait gros lézard et nommé crocodile 1 ,

J'aurais ma bonne part d'honneurs :

Je ferais revenir la mode Du temps où sur le Nil l'homme prenait sa loi ;

Encensé comme une pagode *

Je tiendrais bien mon quant à moi.

Bon, dit l'ami sensé, quel regret est le vôtre? Comptez-vous donc pour rien de vivre sans souci ? L'air, la campagne, l'eau, le soleil, tout est nôtre : Jouissons-en, rien ne nous trouble ici.

1 Le crocodile est de la forme du lézard ; il était adoré autrefois par les Égyptiens.

* Idole adorée dans les Indes.

Page 1