‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 188 sur 271 · LES GOURMETS. W · texte numérisé non relu

LES GOURMETS. W

On vous creuse la joue ; ou vous ride la peau ;

Vous êtes là laid el sexagénaire ; Et flatterie à part, vous êtes jeune et beau. Eh bien, leur dit le peintre, il faut encore refaire ;

Je m'engage à vous satisfaire,

Ou j'y brûlerai mon pinceau.

Les connaisseurs partis, le peintre dit à l'homme : Vos amis, de leur nom s'il faut que je les nomme,

Ne sont que $e francs ignorants ; Et si vous le voulez, demain je les y prends. D'un semblable tableau je laisserai la tête,

Vous mettrez la vôtre en son lieu.

Qu'ils reviennent demain ; l'affaire sera prête. J'y consens, dit notre homme ; à demain donc ; adieu. La troupe des experts le lendemain s'assemble, Le peintre leur montrant le portrait d'un peu loin, Cela vous plaît-il mieux? dites, que vous en semble? Du moins j'ai retouché la tête avec grand soin. Pourquoi nous rappeler, dirent-ils? Quel besoin De nous montrer encore cette ébauche?

S'il faut parler de bonne foi, Ce n'est point du tout lui, vous l'avez pris à gauche. Vous vous trompez, messieurs, dit la tête, c'est moi.

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