LE PÊCHER ET LE MURIER
On va nous séparer : ô regrets inutiles !
(Le terme est loin pourtant, il fallait deux saisons.
Autre quinzaine passe, et Pluton s'en étonne.
Quoi, dit-il en bâillant, six mois sont donc bien longs !
Ta paresse le déshonore.
Déjà de sa touchante voix, Philomèle ' l'annonce aux échos de ces bois;
Toute la nature s'éveille.
Dès le matin une aurore vermeille
Vient nous arroser de ses pleurs, Nectar délicieux des arbres et des fleurs, Cependant, paresseux, le zéphyr a beau faire;
Tu dors, quand tout est éveillé.
Que ne m'imites-tu? Regarde, considère
Comme j'ai déjà travaillé.
Me voilà tout fleuri ; d'une belle espérance
Voilà déjà mon maître régalé.
Je lui tiendrai parole, il peut compter d'avance Qu'au nombre de mes fleurs mon fruit est égalé.
A peine l'arbre a-t-il parlé, Qu'un vent de bise souffle et détruit tout l'ouvrage.
Du pécher la fleur déménage, Et tout espoir de fruit avec elle envolé Lui laisse à peine attendre un stérile feuillage. Eh bien, dit le mûrier, avais-je donc grand tort
De ne pas me presser si fort?
Zéphire a beau souffler, je crains encor la bise. Sache qu'il faut à temps commencer l'entreprise,
Quand on veut en venir à bout.
L'impatience gâte tout.
Le monde est plein de faux censeurs.
Qu'on leur montre une bonne pièce,
1 Le rossignol.
Leur ignorante hardiesse De son autorité la renvoie aux farceurs.
Ils n'y trouvent ni goût, ni force, ni justesse ;
C'est ceci, cela qui les blesse ;