‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 187 sur 271 · LE PÊCHER ET LE MURIER · texte numérisé non relu

LE PÊCHER ET LE MURIER

On va nous séparer : ô regrets inutiles !

(Le terme est loin pourtant, il fallait deux saisons.

Autre quinzaine passe, et Pluton s'en étonne.

Quoi, dit-il en bâillant, six mois sont donc bien longs !

Ta paresse le déshonore.

Déjà de sa touchante voix, Philomèle ' l'annonce aux échos de ces bois;

Toute la nature s'éveille.

Dès le matin une aurore vermeille

Vient nous arroser de ses pleurs, Nectar délicieux des arbres et des fleurs, Cependant, paresseux, le zéphyr a beau faire;

Tu dors, quand tout est éveillé.

Que ne m'imites-tu? Regarde, considère

Comme j'ai déjà travaillé.

Me voilà tout fleuri ; d'une belle espérance

Voilà déjà mon maître régalé.

Je lui tiendrai parole, il peut compter d'avance Qu'au nombre de mes fleurs mon fruit est égalé.

A peine l'arbre a-t-il parlé, Qu'un vent de bise souffle et détruit tout l'ouvrage.

Du pécher la fleur déménage, Et tout espoir de fruit avec elle envolé Lui laisse à peine attendre un stérile feuillage. Eh bien, dit le mûrier, avais-je donc grand tort

De ne pas me presser si fort?

Zéphire a beau souffler, je crains encor la bise. Sache qu'il faut à temps commencer l'entreprise,

Quand on veut en venir à bout.

L'impatience gâte tout.

Le monde est plein de faux censeurs.

Qu'on leur montre une bonne pièce,

1 Le rossignol.

Leur ignorante hardiesse De son autorité la renvoie aux farceurs.

Ils n'y trouvent ni goût, ni force, ni justesse ;

C'est ceci, cela qui les blesse ;

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