‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 190 sur 271 · PANDORE · texte numérisé non relu

PANDORE

Vulcaiu 1 , tout frais banni du céleste Serdeau, Voulut, à sa façon, faire une créature.

D'abord, en employant la forge et le marteau, D imita du corps la secrète structure, Puis en fit les dehors ; et son adroit ciseau Tailla, polit, acheva la figure.

Jupiter dit : — L'ouvrage est beau ;

Certes, mon fils entend bien la sculpture :

D'humains il ferait presque une manufacture;

Hais, après tout, ce n'est qu'un corps, Qu'une statue ; il y faut joindre une âme, Qui de l'ouvrage anime les ressorts.

H dit : — L'airain respire, et la statue est femme. Tout habitant du ciel voulut lui faire un don.

Jugez quel fut son apanage ;

Rien ne manquait à son ménage :

De grâces et de ris on lui fit sa maison.

Chaque dieu la dota d'un nouvel avantage, De charmes, de talents, d'adresse, de courage;

Et de là Pandore est son nom ; C'est-à-dire, tout don. le bel assemblage!

Mais le dieu sournois de là-bas, Pluton, s'en vint offrir une boîte à Pandore : — Tenez, dit-il, voici bien mieux encore :

C'est le plus grand trésor, si vous ne l'ouvrez pas. La belle, à ce discours, trouva quelque embarras.

1 Fils de Jupiter et de Junon. Jupiter, fâché de le voir si laid, le précipita du ciel en terre d'un coup de pied. Il était forgeron des dieux.

Dans la maison du riche établit son séjour.

Là, de rien elle n'aura faute ; Goûtant de plus d'un vin et de plus d'un amour,

Elle va régner chez son hôte.

L'Hypocrisie alors se logeait encor mieux ; (les gens aux doux parler, au saint baissement d'yeux,

Pour elle ont des chambres garnies :

Elle sera dans les temples des dieux

Maîtresse des cérémonies.

Quant à la Jalousie, où sera son quartier?

Peut-elle manquer de retraites?

Ne fût-il, dans le monde entier,

Que deux belles ou deux poètes.

Ainsi, de se loger tout vice vint à bout.

La Vanité pourtant paraissait sans domaine.

— Et toi, lui dit quelqu'un ? — N'en soyez point en peine ; Moi, dit-elle, messieurs, je logerai partout.

Finette, gentille souris, Avait un jour donné dans une souricière.

Pour un morceau de lard la voilà prisonnière :

Parfois les plus sages sont pris.

Maître matou, que cette odeur attire,

S'en vient flairer le trébuchet ; 11 y voit la souris et du lard à souhait :

Quel repas pour le maître sire !

Pour l'avoir, le rusé se met sur son beau dire.

— Ma commère, dit-il, d'un ton de papelard,

Mettons bas la vieille rancune ; C'est trop vivre ennemis ; j'en suis las pour ma part :

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